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votation du 7 mars

La baisse des rentes, c’est le vol !

vendredi 5 février 2010, par Joël Depommier

Un NON ferme s’impose dans les urnes pour sauvegarder le taux de conversion des rentes du deuxième pilier menacées par l’appétit insatiable des actionnaires et directeurs d’assurances.

Sortez les calculettes avant de déposer votre bulletin de vote. Le 7 mars prochain, le peuple suisse devra se prononcer sur une baisse du taux de conversion du deuxième pilier (soit la prévoyance professionnelle obligatoire depuis 1985). Le Conseil fédéral, les milieux économiques ainsi que la droite ont décidé de réduire ce taux, le faisant passer de 6,8% à 6,4% pour les nouvelles rentes à l’horizon 2016. A terme, les milieux économiques voudraient même ne plus fixer un taux de conversion fixe, mais l’ajuster aux résultats boursiers pour éviter toute possibilité de référendum. Plus clairement dit, cette baisse du taux de conversion signifie une perte sèche pour les cotisants. Un salarié disposant de 300’000 francs à sa retraite perdrait en moyenne 2’400 francs sur sa rente annuelle si le taux de conversion passe à 6,4%.

Pour justifier ces coupes, la droite appelle à un ajustement du fait du vieillissement de la population ainsi que de la baisse du nombre des actifs par rapport aux rentiers dans les années qui viennent. Omettant de préciser que cette épargne personnelle n’est pas liée par la solidarité intergénérationnelle. « L’allongement de l’espérance de vie a déjà été pris en compte dans la révision de la LPP en 2005, avec une baisse du taux de conversion de 7,2% à 6,8% », rappelle pourtant Pascale Gazareth membre du POP neuchâtelois. « Avec cette révision, les retraités avec des petites rentes seront précarisés et la facture sociale (prestations complémentaires, aide sociale) augmentera », explique la militante neuchâteloise.

Pour toute la gauche, les syndicats ou même des magazines de consommateurs comme la revue Bon à savoir, cette révision n’est rien d’autre qu’un un vol des rentes. « La seule vraie raison de cette révision, c’est de couvrir les mauvais placements des assureurs, qui ont joué l’argent des assurés à la bourse dans des fonds spéculatifs », souligne encore la Neuchâteloise. Les assureurs oublient que dans les années fastes de boom boursier, ils ont fait des gains fabuleux qui n’ont pas été ristournés aux assurés. Les pertes liées à la crise, les assureurs les compenseront dans les années qui viennent. Il y fort à parier que les gains futurs serviront dès lors à offrir des cadeaux aux actionnaires et à surpayer les directeurs des assurances, souligne le comité de campagne regroupé sous l’appellation « Sécurité dans la prévoyance vieillesse ». De son côté, le Parti socialiste pointe les lourds coûts administratifs de ces caisses. « Les assurances-vie et les caisses de pension autonomes ont dépensé en moyenne 4 milliards de frais administratifs en 2008. Ceux-ci mangent ainsi un dixième des primes. A titre de comparaison, les frais globaux de l’AVS sont de 136 millions », assurait ainsi le conseiller national bâlois Rudolf Rechsteiner lors de la conférence de presse de lancement de campagne.

Un démantèlement du système par répartition

Baisser les rentes du deuxième pilier ne va plus permettre de garantir aux assurés, en complément de l’AVS, de disposer de 60% de leur dernier salaire. Et les conduire à prendre un troisième pilier pour ceux qui en ont les moyens. C’est un pas de plus dans le démantèlement du système de retraite par répartition au profit d’un modèle de couverture par capitalisation privée et individuelle. Mais loin de se cantonner au seul maintien d’un taux rémunérateur, la gauche voudrait aussi que cette campagne serve à repenser le système de protection sociale. Pour le PS, ce vote doit être l’occasion de muscler la législation et les exigences vis-à-vis des assureurs-vie. Le parti à la rose ambitionne de fixer une réglementation claire des gains des assureurs, de séparer les bilans pour le capital de prévoyance dans les caisses ou d’interdire le placement dans des hedge funds. Bizarrement, rien n’est dit sur la nécessité d’abaisser le seuil d’accès au deuxième pilier (aujourd’hui fixé à 18’000 francs de salaire annuel) pour permettre aux indépendants et aux femmes, qui travaillent souvent à temps partiel de profiter de cette assurance.

De vraies retraites populaires

Pour le Parti suisse du Travail, il s’agit d’aller au-delà et de défendre le principe de vraies retraites populaires, centrées sur un renforcement et une revalorisation nette de l’AVS. « La seule solution, c’est l’intégration du deuxième pilier dans un système inspiré de l’AVS », écrivaient Hans Anderegg et Siro Torresan, membres du PdA, dans une prise de position publiée dans les colonnes de Gauchebdo. Ce projet avait déjà été porté dans les années 70 par le PST/POP à travers une initiative « Pour des retraites populaires », mais celle-ci n’avait pas été soutenue par le PSS et l’USS, qui avaient joué un rôle déterminant dans son torpillage, rappelle le popiste vaudois Raymond Berthoud. Un tel projet reste d’actualité. « L’an dernier, l’AVS a versé pour 30 milliards de rentes. Les caisses de pension ont versé presque 40 milliards de prestations. Si ce montant était versé à l’AVS, celle-ci pourrait sans difficulté doubler ses rentes », concluaient Hans Anderegg et Siro Torresan.

Mais pour l’heure, il s’agit surtout de rejeter le projet de baisse des rentes voulue par la droite. En restant vigilant. « Pour des rentes du deuxième pilier sûres et équitables », c’est sous cette casquette frauduleuse que se présente le comité de droite qui veut baisser le taux de conversion, histoire de brouiller les pistes. Sous couvert de défendre des « rentes sûres et équitables », en appelant à voter oui à la révision, il ne s’agit pas moins que d’une tromperie sur la marchandise. Les électeurs ne doivent pas se laisser abuser et dire le 7 mars leur refus de ce nouveau pillage des rentes.

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