Toute la gauche et les syndicats sont opposés à la baisse du taux de conversion du deuxième pilier, qui va réduire les rentes pour les futurs retraités. Mais pas seulement. Un comité regroupant des membres de conseils de fondation ou de spécialistes en caisses de pension s’oppose aussi au projet de la droite. Comme ils l’ont fait savoir cette semaine à Berne, les experts récusent la révision. Brigitte Martig, membre du conseil de fondation de la caisse de pension autonome de Novartis, a rappelé le mandat constitutionnel de la prévoyance professionnel (AVS et 2e pilier). Celui-ci doit assurer 60% du dernier salaire et dénoncé cette entorse à l’obligation légale. « Si le législateur abaissait aujourd’hui à nouveau le taux de conversion et réduisait ainsi directement la rente de chaque personne exerçant une activité lucrative, ce principe et donc la réalisation de l’objectif de prestations cesserait d’être garanti pour de nombreux revenus - à commencer bien entendu par les plus bas », a martelé la gérante de caisse. Elle n’a pas non plus manqué de souligner combien les assureurs avaient tout intérêt à baisser le taux. « En cas de baisse des rentes, les prestations qu’ils n’auraient plus besoin de verser leur permettraient d’accroître les frais administratifs perçus ou la participation aux bénéfices », a-t-elle aussi précisé. Pour Christoph Häberli, actuellement président de la caisse de pension de la Société suisse des entrepreneurs (SSE), le non est légitime. En chiffres, il a montré que ce sont les assureurs qui allaient bénéficier de la baisse. « Aujourd’hui, les caisses des pensions dépensent environ 3,9 milliards pour leur administration au sens étroit du terme (1,58 milliards) et les frais de gestion de fortune (2,3 milliards). La part du lion profite d’une part, via des institutions collectives, aux grandes compagnies d’assurance et, de l’autre, aux banques », a stigmatisé l’expert. Pour finir, Jorge Serra, membre de conseils de fondation de diverses caisses de pensions a été encore plus loin en dénonçant le rôle « douteux » de l’Association suisse des institutions de prévoyance, l’ASIP. Pourquoi cet énervement ? Parce que comme dans le cas de la campagne contre la caisse maladie unique, les assureurs paient leur campagne en ponctionnant un montant auprès des assurés pour payer leurs frais de publicité. « En tant qu’association des caisses de pensions, l’ASIP est financée avec les cotisations des membres des caisses de pensions, donc, pour une grande partie, aussi par les cotisations des assurés. Elle n’a aucunement pour mandat de s’engager en faveur du « oui ». Il n’est pas question que les assurés participent aux coûts de propagande des assurances ! Il n’est pas acceptable que l’ASIP se laisse placer en première ligne par les assurances privées et economiesuisse », a tempêté Jorge Serra. Forts de tous ses indices, il est donc hors de question de baisser le taux de conversion jaugent les experts. C’est le moment pour les assurés d’éviter un crime.
(Photo Carlos Serra)