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2e pilier

Une victoire pour booster la gauche

vendredi 12 mars 2010, par Joël Depommier

Le peuple a infligé un camouflet historique à la droite et au Conseil fédéral.

Une victoire sur toute la ligne. Avec un horizon monocolore de Genève à Romanshorn pour dire un non historique à la baisse du taux de conversion du deuxième pilier. Les électeurs, par un taux de rejet de 72,7%, ont montré leur attachement à maintenir une protection sociale digne de ce nom. Record enregistré à Delémont (JU), où les citoyens refusent à 87% le projet fédéral. Grands perdants du vote : le gouvernement, la droite économique et l’UDC. Marqué par ses tergiversations dans plusieurs affaires (UBS, secret bancaire, affaire libyenne), le Conseil fédéral subit de plein fouet la méfiance qu’inspire son action, notamment en ce temps de crise. Le peuple a martelé qu’il n’acceptait pas que l’on coupe dans les prestations, alors que le chômage est au plus haut. Il rejette une seconde baisse du taux, alors qu’une première baisse (de 7,2% à 6,8% d’ici 2014) n’a même pas déployé tous ses effets. Du fait de ses accointances avec les assureurs privés, la droite économique se fait laminer. Les votants estiment que les caisses privées du second pilier brillent par le manque de transparence et des frais de fonctionnement trop élevés. « Le Conseil fédéral et la majorité parlementaire ont cherché à faire supporter aux assurés LPP les pertes massives des grandes compagnies d’assurance et plus particulièrement de Swiss Life qui a dilapidé des milliards de francs de cotisations LPP avec des placements à risque », explique ainsi le syndicat Unia.

Propositions à la pelle

Dans ce panorama, les grands vainqueurs se trouvent dans la gauche de la gauche, la gauche et les Verts et les syndicats. Pour le PS, en plein reflux électoral, cette victoire se profile même comme une parfaite aubaine en prévision des élections fédérales de 2011. Le cap pour cette année de campagne sera tout naturellement le social, le social et le social, avec plusieurs initiatives en préparation (sur une caisse maladie publique ou sur un salaire minimum).

Le Parti suisse du Travail, qui a été une des premières formations à lancer le référendum en décembre 2008 contre cette baisse, a de quoi être satisfait. Pour le parti, qui a lancé une campagne dans ce sens en automne, il importe maintenant de continuer à lutter contre le démantèlement de l’Etat social. « Nous combattrons par référendum toute révision de la Loi sur le chômage qui baissera les prestations », précise-t-il. « Les prochaines luttes à venir ces prochains mois ont reçu aujourd’hui un accord de principe tacite très clair, note de son côté le POP vaudois. Il est hors de question de toucher à nouveau aux autres assurances sociales. Celle relative au chômage, en cours de maltraitance flagrante aux Chambres, ainsi que celle régissant l’AI, dont le traitement n’en est pas moins inhumain, feront l’objet de toute notre attention. » On pourrait y ajouter les manœuvres autour de la onzième révision de l’AVS ou de l’assurance accident. Le PST considère aussi qu’il est l’heure de relancer un projet de « retraites populaires », qui aille dans le sens d’une fusion du deuxième pilier et de l’AVS. En renforçant la rente par répartition par plutôt que par capitalisation. Reste à trouver des alliés dans ce combat. Pour l’heure, ce sont les syndicats qui ont lancé l’offensive.

Dès le lendemain du scrutin, l’Union syndicale suisse (USS) a énoncé toute une batterie de propositions pour renforcer la prévoyance professionnelle. La centrale syndicale veut ainsi relever les rentes les plus basses à 80% du dernier salaire pour les revenus inférieurs à 5’000 francs, et à 70% du dernier salaire pour les revenus entre 5’000 et 7’000 francs. Unia, de son côté, demande que les frais administratifs dans le deuxième pilier soient abaissés. « Au lieu d’engraisser des parasites, l’argent épargné doit revenir aux assurés et aux rentiers », dénonce le syndicat. Il veut aussi empêcher les « aventures spéculatives risquées », en créant une autorité de surveillance des caisses.

Bref, gonflée à bloc, la gauche a décidé de passer à l’offensive. Les fossoyeurs du social n’ont qu’à bien se tenir.


(Photo Jérôme Béguin)

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