Pari réussi pour une jeune revue historique romande

Publication • «Passé simple» consacre son premier numéro de l’année à la plus ancienne école laïque d’infirmières au monde, créée à Lausanne en 1859.

Nous avions signalé, début 2015, le lancement de la revue historique romande Passé simple. Le maître d’œuvre en est Justin Favrod, journaliste et historien. Le pari était audacieux et risqué, y compris sur le plan financier. Avec une nette progression des abonnements (2’368 à la fin de l’année), l’avenir semble assuré. Certes, Vaud est encore surreprésenté. Il y a des progrès à faire, du côté de la diffusion, dans les autres cantons.

Et pourtant le premier intérêt de la revue est son ouverture à l’histoire de tous les cantons romands. Quelques exemples: il a été question de la fusillade du 9 novembre 32 à Genève; on a pu apprendre comment l’Ajoie germanisée fut relatinisée; découvrir que l’armée romaine a atteint un sommet du Valais à 2’650 m. d’altitude, mais que l’installation des Sarrasins dans ce canton relève plutôt du mythe; mesurer la longue emprise conservatrice de l’Eglise catholique sur l’école fribourgeoise; lire un dossier sur la saga de l’absinthe dans le Val-de-Travers; comprendre l’importance de la rupture religieuse de 1845 dans le canton de Vaud, avec la naissance de l’Eglise libre. On note donc une grande variété des époques et des sujets traités.

Un accent particulier est mis sur le 20ème siècle, celui qui semble intéresser le plus les lecteurs. Relevons notamment une étude originale et émouvante sur l’accueil en Suisse de rescapées françaises des camps nazis, des articles de notre ami Claude Cantini relatives au fascisme, ou encore un témoignage sur l’intervention de l’armée à La Chaux-de-Fonds en 1917. Ce choix arbitraire dans le seul but de vous mettre en bouche…

Le numéro de janvier 2016 est consacré, lui, à l’Ecole de La Source à Lausanne. Sait-on qu’elle fut la première école d’infirmières laïque (c’est-à-dire non liée à une congrégation religieuse) au monde? Cela malgré le fait que ses fondateurs, le comte Agénor et surtout son épouse la comtesse Valérie de Gasparin étaient des protestants très pieux, liés au mouvement du Réveil. Mais ils estimaient que «soigner n’est pas œuvre de robe» (que portaient les sœurs catholiques et protestantes)». C’est ainsi qu’ils fondèrent à Lausanne en 1859 leur école, un an avant celle de la fameuse infirmière anglaise Florence Nightinghale. Comme il fallait lier la pratique à la théorie, le couple créa ensuite une clinique. Installée depuis 1867 à l’avenue Vinet, près du Comptoir suisse, elle a pris le nom de La Source. Très renommée, l’école, devenue une HES, accueille aujourd’hui 900 élèves infirmiers et infirmières. Avec la professionnalisation des soins médicaux à la fin du 19ème siècle, elle s’est peu à peu éloignée de ses origines chrétiennes, mais en a gardé l’éthique. En admettant dès ses origines des jeunes filles et femmes mariées, qui comme infirmières seront salariées, l’école a, d’une certaine manière, contribué à l’émancipation féminine. C’est donc cette passionnante histoire que l’on peut lire dans Passé simple No 1/2016, sous la plume experte de Séverine Pilloud, historienne spécialiste dans le domaine de la santé.

Est-il besoin de dire que nous recommandons à tous les lecteurs et lectrices de Gauchebdo intéressés par l’histoire de s’abonner à cette revue mensuelle de qualité qui tient ses promesses?

Passé simple, Combes 12, 1009 Pully, abo@passesimple.ch. L’abonnement annuel coûte 90.- frs. (en Suisse)