T’es riche ou tu vas ailleurs…

Vaud • La fin de la pénurie et des logements à prix abordables, c’est pour quand? Le point sur la politique du logement dans le canton de Vaud, à quelques semaines des élections municipales.

Dans le canton de Vaud, le taux de logements vacants est de 0,67% et atteint les 0,2% en Ville de Lausanne, soit bien en dessous des 1,5% considérés acceptables.

Un studio de 21m2 pour 1’370 francs, un 3 pièces au nombre de mètres carrés non précisé pour 1’900 francs, un 4 pièces pour 2’700 francs… Ce sont quelques-unes des annonces de location d’appartements à Lausanne que l’on trouvait sur le portail «Homegate» au début de cette semaine. Dans la capitale vaudoise ou sur l’arc lémanique plus généralement, qui n’a jamais été confronté à l’amère expérience de la recherche d’un appartement à loyer abordable? Alors que les élections municipales approchent, le sujet – qui n’a rien de nouveau – est l’un des enjeux pour la prochaine législature. Mais qu’est ce que les communes peuvent faire et que font-elles?

Vers la colocation, la campagne ou… les campings!

Dans le canton de Vaud, le taux de logements vacants est de 0,67% et atteint même 0,2% en Ville de Lausanne, soit bien en dessous des 1,5% considérés comme acceptables. «Il y a des files jusque sur les trottoirs pour aller visiter les appartements, c’est inacceptable! Il y a tellement plus de demande que d’offre que les propriétaires ont la possibilité d’offrir leurs appartements à des prix surfaits», s’insurge Cesar Montalto, avocat et président de l’ASLOCA-Vaud, qui rappelle que cette situation de pénurie, loin d’être récente, remonte à la fin des années 70. Selon lui, si la situation n’a pas évolué, c’est en raison de la force du lobby immobilier dans un canton traditionnellement à majorité de droite, un lobby qui ne semble pas vraiment préoccupé par la nécessité de faire en sorte que «toute personne puisse disposer d’un logement approprié à des conditions supportables», comme le mentionne la Constitution vaudoise. «On observe un double phénomène: soit les propriétaires n’entretiennent pas leur parc locatif, car ils veulent faire rentrer les loyers sans avoir de frais, et celui-ci demeure vétuste, soit ils empruntent en profitant des taux actuels très bas pour rénover et relouer plus cher», constate l’avocat. Conséquence, les personnes modestes doivent se replier sur des solutions comme la colocation, l’émigration vers la campagne, Moudon ou le Chablais, avec l’apparition de cités-dortoirs, voire même le camping!

«Les privés se chargeront de construire pour les riches»

Pour contrer la tendance, l’Etat, soit le canton et les communes, doivent prendre l’initiative de construire des logements à loyers abordables, estiment l’ASLOCA et les partis de gauche. C’est l’option retenue par la ville de Lausanne, qui, depuis plusieurs années a mis en place une politique volontariste de construction de logements. «Lausanne fait bien mieux que le reste du canton, avec l’avantage qu’elle était déjà propriétaire de pas mal de terrains. Elle mène en outre une politique d’acquisition de terrains positive», commente David Payot, candidat du POP à la Municipalité. Celui-ci salue par exemple la réalisation de 1’000 logements aux Plaines-du-Loup dans le cadre de «Métamorphose», un projet qu’il qualifie de «densification intelligente». Il conteste toutefois la politique des «trois tiers» pratiquée par la ville de Lausanne, qui consiste à construire un tiers de logements subventionnés, un tiers à loyers contrôlés et de laisser un tiers au marché libre ou à la PPE. Une forme de compromis avec la droite, qui, elle, veut limiter le contrôle des loyers (quitte à ce qu’ils augmentent encore!) pour attirer les investissements et les contribuables riches, et les revenus fiscaux correspondants. «Nous faisons confiance au privé pour construire des logements qui attirent les contribuables riches, pas besoin que la ville le fasse également en laissant un tiers au marché libre», rétorque David Payot, dont le parti demande que les pouvoirs publics ne construisent que du logement à loyer modéré.

«Construire ou payer, c’est simple!»

Mais si Lausanne se montre proactive et pourrait même faire mieux, ce n’est de loin pas le cas de toutes les communes. «Certaines préfèrent construire luxueux pour attirer les riches contribuables plutôt que de voir des personnes modestes emménager sur leur territoire», commente Cesar Montalto. En gros, on préfère avoir des riches habitants que des pauvres. Mais alors où iront les pauvres? C’est pour pousser les pouvoirs publics à tenir compte de la nécessité de logement de ces populations que l’ASLOCA déposait en 2011 son initiative «Stop à la pénurie de logements» (voir nos éditions du 7 octobre et du 21 novembre 2015), proposant que les communes investissent chaque année un certain montant (20 francs par habitant dans un premier temps) pour construire des logements à loyers modérés, avec la possibilité, si elles ne souhaitent pas construire elles-mêmes, de reverser cette somme dans un «pot commun» destiné à être investis dans la construction de logements abordables. «Construire ou payer, c’est le principe simple de notre initiative», résume Cesar Montalto. Celle-ci demande en outre que les terrains nécessaires à la réalisation de logements à loyer modéré puissent être acquis, à certaines conditions, par voie d’expropriation.

La question laissée au bon vouloir des communes

Mais voilà. La proposition – et en particulier le droit d’expropriation – a provoqué un tollé à droite et dans les milieux immobiliers. En a résulté la présentation par le Conseil d’Etat du fameux «paquet logement», discuté au Grand Conseil ces derniers mois, qui comporte un contre-projet à l’initiative de l’ASLOCA, moins contraignant mais qualifié d’acceptable par l’organisation, ainsi qu’un projet de loi, la LPPL, qui ferait perdre des acquis considérables aux locataires. Un compromis boiteux qui n’a pas convenu à l’ASLOCA, ni d’ailleurs à la gauche radicale et à une partie de la droite. Après des mois de travail, le Grand Conseil renvoyait ainsi l’ensemble du projet au Conseil d’Etat début janvier.

«La situation est telle que l’on ne peut plus attendre en se contentant du bon vouloir des communes pour faire face à la crise du logement», s’alarme le président de l’ASLOCA, défendant son initiative. Pourtant, il faudra bien attendre encore. Pour l’heure, c’est toujours sur ce bon vouloir que le sort des locataires modeste repose. Un élément à prendre en compte au moment de glisser un bulletin dans les urnes le 28 février prochain.