Les «Incroyables Comestibles» à La Chaux-de-Fonds

Neuchâtel • Inspirés par la vision du film «Demain», deux citoyens de la Métropole horlogère lancent une initiative visant à recréer du lien social autour du jardinage, pour vivre mieux, autrement. Les personnes intéressées étaient convoquées ce mercredi.

Née à Tordmorden en Angleterre, l’initiative «incroyables comestibles» de plantation de cultures de légumes dans les villes s’est étendue internationalement.

«Ce qui appartient à tout le monde, n’appartient à personne. «Incroyables Comestibles» est une démarche participative citoyenne et solidaire issue d’un élan volontaire de don et de partage. Elle appartient à tous les Citoyens Jardiniers Solidaires, à leurs amis et leurs sympathisants qui souscrivent pleinement aux valeurs et principes fondamentaux du mouvement». Ainsi commence la charte fondamentale du mouvement «Incroyables Comestibles», né en 2008 en Angleterre, dans la petite ville de Todmorden, située près de Manchester et touchée par une grave crise économique. Deux mères de famille qui voulaient essayer de trouver des réponses pour sortir de cette situation ont décidé d’y créer des cultures de légumes pour se nourrir et nourrir leurs voisins.

Ce nouveau type de jardin communautaire pourrait voir le jour à La Chaux-de-Fonds. Lucas Gloor et Julien Fontaine, deux citoyens de la ville qui cultivent leurs propres jardins potagers, inspirés par le visionnement du film Demain, actuellement en salles, ont décidé d’initier une démarche similaire. Ce mercredi, ils convoquaient les personnes intéressées au centre culturel ABC de la ville. «Nous sommes certains qu’au travers du partage des méthodes, des forces, des échanges de graines et de terrains, nous nous enrichissons et nous épanouissons différemment. Depuis quelques mois, notre envie de mettre en place un partage autour des jardins potagers nous a motivés à chercher des idées, des projets qui permettraient, ensemble, de cultiver et de mettre en valeurs des espaces privés ou publics», écrivaient-ils le 5 février dernier dans une information transmise par les réseaux sociaux.

Des jardins à l’initiative des habitants

Pour Julien Fontaine, il s’agit de trouver des moyens très concrets pour vivre mieux et autrement. Bien conscient que le mouvement d’origine est né dans une ville sinistrée, il s’interroge toutefois, avec son ami, sur le sort que connaîtra l’initiative dans une ville située dans le pays le plus riche du monde. Pour lui, il s’agit de trouver des synergies, des endroits en ville pour que s’expriment des pratiques de jardinage inspirées de la Permaculture*. Mais le but est également «de recréer des liens entre les gens. Nous sommes bien conscients que notre projet ne va pas nourrir les 39’000 habitants de La Chaux-de-Fonds, mais il s’agit surtout de créer quelque chose de positif et de mettre en mouvement une autre mentalité débouchant sur de nouvelles pratiques», explique Julien Fontaine. A ceux qui craignent les effets de la pollution due à la circulation automobile sur la culture de légumes en ville, il répond: «Il ne faut pas cultiver dans un endroit à forte circulation mais dans des quartiers plus calmes et plus tranquilles». Et de souligner un autre aspect fondamental du projet: «Il est nécessaire que les jardins soient créés à l’initiative des habitants du lieu, qui doivent avoir l’envie de renouer des liens avec la vie. Il s’agit d’une prise de conscience de ce qu’il est possible de faire», conclut le jardinier du futur. Sera-t-il possible de remettre un peu de campagne dans la ville dont l’ancien slogan touristique était «Une ville à la campagne»?

La même chose à Lausanne

Cette démarche n’est toutefois pas inédite en Suisse. A Lausanne, on s’inspire déjà d’ «Incroyables comestibles». Le slogan «Je plante, tu arroses, on partage» définit très bien le but de la démarche, qui consiste à créer des liens sociaux autour du partage de la nourriture. Il s’agit également d’offrir à chacune et chacun la possibilité de jardiner près de chez soi, de créer une vie de quartier ainsi que des îlots en ville où la terre reprend ses droits, de se réapproprier les espaces publics afin d’y planter fruits et légumes, de prendre conscience, prendre soin, observer et s’émerveiller. Lausanne s’active déjà pour créer du lien social et fêter autour du partage de la nourriture, créer des carrés potagers gratuits visant à offrir des fruits et légumes en libre-service contre bons soins, présenter des cultures locales, biologiques et productives et offrir aux habitants la possibilité de s’investir. Peut-être cet exemple prendra-t-il racine dans la métropole de l’horlogerie.

 

*La Permaculture est une méthode de culture inspirée de l’écologie naturelle. Elle prend en considération la biodiversité des écosystèmes. En outre, elle vise à créer une production agricole durable, très économe en énergie et respectueuse des êtres vivants et de leurs relations réciproques.