Relent de guerre froide en Bavière

Allemagne• Un jeune étudiant communiste veut faire abolir le décret de 1972 «sur le radicalisme» qui a conduit à l’interdiction professionnelle de nombreux militants de gauche dans la fonction publique.

Nom: Kerem Schamberger, âge: 30 ans, profession: étudiant-doctorant en sciences de la communication à l’Université Ludwig Maximilian (LMU) de Munich et accessoirement, porte-parole du Parti communiste allemand (DKP) en Bavière. Un fait pas si anodin, puisqu’en raison d’un vieux décret «sur le radicalisme» datant de 1972, à l’époque de Willy Brandt, le jeune homme se voit aujourd’hui interdit temporairement de prendre son emploi à l’Alma mater.

Du temps de la guerre froide, le décret exigeait que tous les fonctionnaires ou les personnes travaillant dans le secteur public soient contrôlés par l’Etat sur leur possible radicalisme, en se soumettant à approbation auprès de l’Office fédéral pour la protection de la Constitution, sur la base d’informations des services secrets intérieurs allemands. Il avait conduit à des milliers d’interdictions professionnelles en RFA pour les personnes soupçonnées d’avoir des accointances avec le communisme.

Aujourd’hui, le décret ne subsiste que dans les Länder de Bavière et de Saxe. Est-en raison de ses activités militantes de gauche que Kerem Schamberger, après avoir déposé son dossier d’approbation en juillet, attend toujours une réponse de l’autorité de protection de la constitution de l’Etat fédéral de Bavière qui s’occupe du cas? Il en est persuadé, comme il est certain qu’on lui a fermé son compte à la Commerzbank en 2014 suite à ses dénonciations sur Youtube des responsabilités du secteur bancaire dans la crise financière.

Internationaliste et turc par sa mère, le jeune homme a aussi vu son compte Facebook censuré suite à ses prises de position en faveur du parti pro-kurde HDP et anti-Erdogan. Il ne cache pas aussi sa méfiance des services secrets allemands «qui ont ignoré la violence croissante des forces néo-fascistes, en détournant les yeux quand les maisons des réfugiés brûlaient ou que des migrants étaient battus», comme il l’explique dans une interview à Junge Welt.

Une ancienne ministre de la justice comme avocate
Avocate du jeune homme et ancienne ministre de la Justice entre 1998 et 2002, Herta Däubler-Gmelin a déclaré à la Süddeutsche Zeitung que l’action de l’autorité bavaroise «n’était probablement pas légale». Le parlement régional pourrait aussi prochainement débattre de la nécessité de maintenir une telle loi. Entretemps, Kerem Schamberger a aussi reçu de nombreuses expressions de solidarité du SPD, des Verts et de Die Linke, ainsi que des syndicats. Il reste confiant et espère prendre ses fonctions dans les prochaines semaines. «Mon objectif ultime est la suppression de cette disposition sur le radicalisme en Bavière», souligne le doctorant.

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