Le parlement planche sur l’avenir de la presse

Vaud• La fin de l’hebdomadaire «L’Hebdo» a suscité un gros débat sur la presse au Grand Conseil, qui exige une action du gouvernement.

Le 2 février dernier, environ 300 personnes, ainsi que des politiques et les syndicats Impressum et Syndicom ont manifesté à Lausanne pour soutenir l'Hebdo (photo: Pierre Jeanneret)

C’est sans coup férir par 89 oui contre 27 non, en provenance essentiellement de l’UDC, que les députés vaudois ont soutenu une résolution en faveur de la diversité de la presse. Le texte, proposé par le député vert Vassilis Venizelos, demande que «le Conseil d’Etat mette tout en œuvre pour préserver et promouvoir l’implantation dans notre région et en Suisse romande d’éditeurs de médias de qualité se faisant écho d’un large spectre d’opinions et d’idées».

A l’occasion des presque deux heures de débats, les députés ont pu rappeler qu’aujourd’hui, le paysage médiatique romand est dominé par un duopole privé: Tamedia et Ringier/Axel Springer. «Les journaux subissent la pression du marché sur les médias. Les grands groupes ont les yeux braqués sur le rendement maximum des actions pour les actionnaires», a ainsi stigmatisé Jean-Michel Dolivo de La Gauche POP/solidaritéS, en considérant que le licenciement collectif de 37 salariés dans les rédactions était inacceptable.

«L’indépendance des journaux face au pouvoir n’est pas réalisée dès lors que les médias sont dépendants du marché de la publicité et du rendement actionnarial» a relevé le député, qui a rappelé combien est remise en cause au parlement fédéral l’aide fédérale indirecte à la presse par le biais d’une remise sur les tarifs postaux. «Cette aide indirecte à la presse est chaque année plus difficile à faire valoir comme on le voit dans le cas de petits journaux comme Gauchebdo ou La Nation, journal de la Ligue vaudoise», a expliqué Julien Sansonnens, député du POP. «Est-il normal que les journaux de la Coop ou de la Migros se taillent la part du lion dans cette aide indirecte?», a-t-il demandé. «S’il y a un risque à subventionner un média, il faut y mettre des garanties, s’assurer que l’organe subventionneur n’intervienne pas dans la ligne, mais la démocratie requiert plus que jamais une arène de débats où peuvent s’exprimer toutes les opinions», a plaidé le député.

«24 Heures, organe officiel du PS»
Autre son de cloche avec la représentante de l’UDC, Fabienne Despot qui a craché tout son venin sur L’Hebdo et sa ligne pro-européenne, «vecteur de la bien-pensance, voire de la pensée unique». Sa diatribe s’est ensuite élargie à toute la presse romande. «Tous les journaux ont le même discours avec les mêmes chouchous et les mêmes têtes de Turcs (sous-entendu, l’UDC). Le journal 24 Heures est l’organe officiel du PS. En politique internationale, c’est le même unisson pour tirer sur Donald Trump», a vitupéré la députée UDC.

«Après un tel discours, nous n’avons pas besoin d’avoir une Weltwoche en français, nous avons Madame Despot!» a lancé Jean-Michel Dolivo. «J’espère que Mme Despot s’est fait du bien en lâchant son fiel contre L’Hebdo», lui a rétorqué le socialiste Denis Olivier Maillefer, cofondateur de L’Omnibus, qui a dénoncé la mouvance anti-médias des sites de réinfomation proches des milieux d’extrême droite. Plusieurs députés comme Jerôme Christen ont rappelé que les propriétaires de l’Hebdo avaient détruit ses revenus publicitaires en créant eux-mêmes ou en rachetant nombre d’agences de publicité sur Internet.

Interpellé, le représentant du Conseil d’Etat, le libéral Philippe Leuba s’est contenté du service minimum. Tout en défendant la nécessité de la diversité de la presse, il a précisé qu’avec ses homologues genevois, il allait rencontrer prochainement la direction de Ringier, en rejetant toute aide étatique directe à la presse «pour éviter la création d’une Pravda».

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