Les délires de 20 minutes

Commentaire• Le «20 minutes» pris en flagrant délit de paranoïa. Visés, les maraudeurs répondent.

L’intox ne vous aura sans doute pas échappé. La semaine dernière, le quotidien 20 minutes titrait fièrement «Des trafiquants de drogue chouchoutés dans la rue», dénonçant l’initiative des bénévoles de la Maraude, qui depuis quelques mois distribuent de la nourriture, des vêtements et du thé chaud aux SDF et autres habitués de la rue à Lausanne (notre édition du 3 février). Un résultat de la «prime au clic» que le journal envisage d’instaurer pour ses journalistes?

En prime, pour le lecteur pour l’heure, une vidéo censée informer sur cette immersion osée dans un haut lieu du crime, où des «Africains de l’ouest chaudement habillés boivent et mangent les victuailles apportées gratuitement par la Maraude», lit-on. L’article ne précise pas ce qui est pire: être chaudement habillé en plein hiver? Boire un thé chaud et manger dans la rue durant environ deux heures chaque soir? La gratuité? Il y a bien quelques «cris intempestifs», histoire de dramatiser un peu la mise en scène, mais en visionnant la vidéo exhibée comme une pièce à conviction, le spectateur pourrait être déçu. On y voit quelques silhouettes attroupées dans la pénombre, qui discutent, au mieux rient un peu fort. Et…. c’est tout.

Du côté des politiques, y compris PS, on s’empresse de s’inquiéter de la naïveté des maraudeurs, d’éventuelles entraves au travail de la police ou d’effectuer d’autres conjectures sur la situation administrative de ces personnes (auxquelles la parole n’est pas donnée). Pourtant, la ville de Lausanne tolère la Maraude depuis plusieurs mois et le municipal de la police, interrogé, n’évoque aucunement d’éventuelles entraves à son travail. Ou comment monter un drame a partir de pas grand-chose. Si du deal il y a sans doute et si des craintes de la population peuvent légitimement exister, de tels articles ne les renforcent-elles pas inutilement?

«Il y a dans nos rues des repris de justice, des personnes en difficultés sociales, affectives, financières, psychotiques, isolées, migrantes, polytoxicomanes et dealers. C’est la réalité de la rue. S’attendent-ils à des sans-abri tout mignons, dociles, bien insérés et de préférence blancs aux yeux bleus? Il y en a, mais pas seulement», ont rapidement réagi quelques maraudeurs sur les réseaux sociaux. Et d’ajouter: «On aimerait bien savoir, comment un thé ou un café, une assiette de pâte ou de riz, peut déstabiliser le travail de la police». «Est-ce que nous devrions refuser d’apporter de la nourriture à des personnes selon leur degré d’intégration ou leur rang social? Un prisonnier est-il privé de repas?» interrogent-ils encore.

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