150 femmes suisses dénoncent le sort réservé aux migrantes

Asile• Cette semaine, quatre associations ont lancé à Lausanne un appel signé déjà par 150 femmes pour protester contre le renvoi de femmes violentées et/ou avec des enfants en bas âge vers l’Italie.

De gauche à droite: Pauline Milani et Annabelle Glauser, du collectif R, Alix Heiniger, de Viol-Secours, et Chloé Bregnard, du Service d'aide juridique aux exilé-e-s.

Erythréenne, S. a rejoint la Suisse via le Soudan et la Libye, puis une traversée en bateau. Durant son voyage, elle a été kidnappée, agressée et violée. Depuis la Suisse, elle est renvoyée une première fois en Italie, où elle subit à nouveau plusieurs viols. Aujourd’hui revenue, elle risque à nouveau un renvoi, malgré un certificat médical attestant de traumas liés à «des multiples expériences d’extrême précarité et de violence, y compris les abus sexuels subis en Italie» et précisant que «tout nouveau changement reste contre-indiqué et pourrait nuire gravement à sa santé».

La présence de membres de la famille n’a pas d’impact
S. est la représentante de «nombreux cas» de femmes qui sont abusivement renvoyées vers l’Italie, indépendamment de leur situation de vulnérabilité, parfois enceintes et/ou avec des enfants en bas âge, ont dénoncé cette semaine 4 associations: la Marche mondiale des femmes, le Collectif R, le Service d’aide juridique aux exilé-e-s et Viol Secours. Elles ont lancé un appel soutenu déjà par près de 150 femmes, qui sera adressé aux autorités fédérales.

Signé par des personnalités comme Vania Alleva, présidente d’UNIA, Liliane Maury Pasquier, Rebecca Ruiz, Anne Bisang ou la rappeuse La Gale, il demande que les violences subies par les femmes soient considérées comme une raison d’entrer en matière immédiatement sur une demande d’asile, que les femmes et enfants victimes de séquelles physiques et psychologiques dues à des violences soient systématiquement prises en charge et que les renvois de femmes et d’enfants vers l’Italie «ou tout autre pays qui n’est pas en mesure d’assurer leur protection» cessent.

En novembre 2014, la Cour européenne des droits de l’homme a jugé, dans le cas d’une famille de 6 enfants, qu’un renvoi en Italie ne se justifiait pas notamment en l’absence de garantie d’un logement, a rappelé Chloé Bregnard, du Service d’aide juridique aux exilé-e-s, qui estime que les mesures prises depuis sont insuffisantes: «Dans la pratique, nous continuons à être confrontés à des femmes seules avec ou sans enfants qui nous disent avoir vécu dans la rue en Italie».

L’OSAR, qui a étudié une vingtaine de renvois vers l’Italie a quant à lui constaté que «dans aucun des cas, les informations médicales ou relatives à des vulnérabilités particulières n’avaient été transmises aux personnes qui les ont reçues en Italie». Par ailleurs, la présence en Suisse de membres de la famille comme un oncle ou une tante, susceptibles d’apporter un soutien à des personnes traumatisées, n’est pas prise en compte dans la décision d’asile. Or, «pour se reconstruire, on a besoin de stabilité et d’un entourage protecteur», a souligné Alix Heiniger, de l’association Viol-Secours.

150 renvois évités par le collectif R
«C’est un appel de femmes suisses qui estiment cette situation intolérable», a martelé Pauline Milani, du Collectif R, estimant que ces femmes «vivent un mépris très fort de la part de l’administration fédérale, qui ne reconnaît pas les violences qu’elles ont subi, voire leur en renvoie la responsabilité».

Depuis 2 ans, le collectif proteste contre les renvois Dublin «qui permettent à la Suisse de se débarrasser de 25 à 30% des demandes d’asile, sans même poser la question de leur situation personnelle», notamment en protégeant des réfugiés au sein de l’Eglise Mon-gré de Lausanne. Une démarche qui a permis d’éviter 150 renvois Dublin, parmi lesquels 34 ont finalement obtenu un permis B. «Cela montre que ce sont des gens qui ont besoin de protection», conclut Annabelle Glauser, également membre du collectif, rappelant que la Suisse figure parmi les pays qui pratiquent le plus de renvois Dublin.

L’appel peut être signé sur le site internet www.appeldelles.ch

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