Des syndicalistes envoient leur missive en plein dans l’USS

Suisse• Des syndicalistes de Suisse romande ont écrit une lettre ouverte à leurs instances nationales pour exiger le lancement d’un référendum, dans tous les cas de figure, contre le projet de retraites, Prévoyance 2020.

Le 17 mars, les Chambres fédérales se prononceront définitivement sur le projet de Prévoyance vieillesse 2020 d’Alain Berset. Les débats ne sont pas encore achevés, le Conseil national n’acceptant pas encore la proposition du Conseil des Etats d’une augmentation de 70 francs pour les nouveaux retraités. «Même si cette version est acceptée, un référendum syndical s’impose», a dénoncé une centaine de syndicalistes romands d’Unia, du SIT, du SSP ou du SEV. Une position qu’a déjà faite sienne la gauche de la gauche.

Les signataires considèrent tout d’abord que la proposition des deux chambres d’une augmentation à 65 ans de l’âge de la retraite des femmes doit être combattue. «Toute augmentation de l’âge de la retraite est inacceptable. Cette mesure n’a rien à voir avec l’égalité entre hommes et femmes! Elle ne ferait que contraindre les femmes à trimer une année de plus, au seul profit du patronat, ou, à défaut, à subir une baisse à vie de leur rente AVS», vitupèrent les syndicalistes. Ceux-ci considèrent que cette augmentation de l’âge de départ à la retraite n’est qu’une étape dans le démantèlement. «Si PV 2020 entrait en vigueur, le projet consistant à passer à 67 ans pour toutes et tous serait rapidement à l’ordre du jour. Seul moyen de l’éviter: empêcher la mise en œuvre de cette étape», expliquent-ils dans leur missive.

Ceux-ci dénoncent aussi la baisse du taux de conversion minimum du 2ème pilier prévue, défendue aussi par le Conseil des Etats. «Elle rendrait le marché du 2e pilier plus rentable, alors que la progression du volume des capitaux sous gestion, suite à la hausse des cotisations, permettrait aux banques et assurances d’encaisser des commissions accrues», soulignent-ils.

Travailler jusqu’à 94 ans pour compenser la hausse de l’âge de la retraite
Le projet d’une augmentation de 70 francs de la rente AVS défendue par le Conseil des Etats pour les futurs retraités est, quant à lui, un leurre, une sorte de susucre pour faire passer une réforme profondément anti-sociale. «Le projet du Conseil des Etats n’apportera aucune amélioration aux retraité-e-s actuel-le-s (au nombre de 2,3 millions de personnes!). La Constitution fédérale serait ainsi toujours bafouée. Elle postule en effet que les rentes AVS doivent «couvrir les besoins vitaux de manière appropriée», ce qui est loin d’être le cas du moment où leur moyenne est de 2’000 francs par mois», critiquent les signataires, qui considèrent que la mesurette n’enrayera pas la perte de revenus des seniors.

«Au vu de l’explosion sans fin des primes maladie, le blocage des rentes se traduirait par la poursuite de la baisse du pouvoir d’achat des retraité-e-s, ce d’autant qu’ils/elles devraient faire face aussi à la hausse de la TVA, l’impôt le plus antisocial, et, pour une partie d’entre eux/elles, aux coupes envisagées dans les prestations complémentaires», détaillent les syndicalistes romands. Selon leurs calculs, les femmes perdraient sur toute la ligne. Elles reçoivent, en moyenne, une rente AVS de 2’000 francs. Le relèvement à 65 ans de l’âge de la retraite les priverait dès lors de 24’000 francs. Avec le supplément AVS de 70 francs par mois, elles toucheraient 840 francs de plus par année. Ce qui fait qu’elles devraient vivre jusqu’à 94 ans pour récupérer la perte due à l’augmentation de l’âge de la retraite.

Face à ces attaques, les signataires appellent les instances nationales de leurs syndicats à se prononcer en faveur du lancement d’un référendum, à l’issue de leurs assemblées des délégués respectives, agendées au 18 mars pour Unia et le SSP et au 24 mars pour l’Union syndicale suisse (USS). «Le défaitisme n’est pas de mise. Nous pouvons gagner! Comme le prouve la RIE III, une bataille menée par le mouvement syndical et les partis de gauche peut être victorieuse. Et si l’on gagne cette bataille, les Chambres fédérales devront concocter un meilleur projet, comme pour la RIE III», assurent les signataires romands.
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Le Parti suisse du Travail en appelle au référendum
Le Parti suisse du Travail PST-POP s’est aussi défendu cette semaine d’une lettre ouverte aux dirigeants des principales centrales syndicales suisses et aux députés de gauche du parlement, en leur demandant dire «non» à la réforme des retraites. Pour le parti, il est inamissible de soutenir le projet de Prévoyance 2020, même avec une augmentation de 70 francs de l’AVS pour les nouveaux retraités comme proposé par le Conseil des Etats.

«Nous vous invitons à écouter les militants de base de vos organisations et les travailleuses et travailleurs de ce pays. Ils vous disent que vous faites une erreur. Mais il n’est pas trop tard pour s’en rendre compte et changer de position», assure le parti. «Ce n’est pas aux travailleuses et aux travailleurs de payer le prix de la baisse du 2e pilier et encore moins la crise du travail qui fait diminuer les cotisations à l’AVS à cause de l’augmentation du chômage et de la diminution des salaires», insiste le PST-POP. A l’occasion de la journée de lutte des femmes du 8 mars, près de 300 femmes syndicalistes ont aussi signé une lettre demandant au Comité présidentiel et délégué-e-s de l’USS de refuser une réforme des retraites. 

«L’acceptation du relèvement de l’âge de la retraite des femmes par l’USS, quelles que soient les compensations, enverrait un message particulièrement néfaste et marquerait un recul évident par rapport aux positionnements féministes tenus jusqu’alors », dénonce la lettre. Pour l’heure, l’Union syndicale suisse (USS) continue de faire savoir qu’elle pourrait soutenir la réforme dans le cas où le supplément AVS en faisait partie comme elle l’’a laissé entendre dans un communiqué de presse daté du 7 mars. Une assemblée extraordinaire des délégués de l’USS se prononcera définitivement sur la réforme le 24 mars.

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