De sans-papiers à député?

Vaud• Après avoir vécu en Suisse pendant plus de 10 ans en tant que sans-papiers, Byron Allauca est aujourd’hui candidat au Grand Conseil dans l’Ouest Lausannois, pour la Fourmi Rouge. Récit d’un parcours qui a impacté son engagement politique.

Byron Allauca dans une manifestation pour la régularisation des sans-papiers.

«Beaucoup de personnes m’ont appelé quand ils ont vu que j’étais candidat, ils ont pensé que je pourrais les défendre», raconte Byron Allauca. Des sans-papiers, mais aussi toutes sortes de personnes précaires. C’est que Byron connaît le sujet. Arrivé d’Equateur en 1992, sa femme le rejoint peu après et ses enfants sont scolarisés, mais la famille n’a pas de permis de séjour. Malgré un diplôme universitaire en statistiques, Byron travaille dans la restauration, «au gris», soit en cotisant aux assurances sociales. C’est un sans-papiers parmi de nombreux autres, dans l’ombre.

Pendant des années, la famille fait profil bas. «On est comme dans une grande prison, on ne peut pas quitter le pays de crainte de ne pas pouvoir revenir. On a sans cesse peur de la police sans avoir rien fait d’illégal et on ne peut pas se projeter dans l’avenir». En grandissant, les enfants commencent aussi à poser des questions: «Pourquoi ne pouvons-nous pas participer aux voyages scolaires?» Il faut leur expliquer la situation.

«J’ai été frappé par la méconnaissance de la réalité des familles»
 
Mais après 10 ans de cette vie, ça bouge dans le canton de Vaud. Le collectif de soutien aux sans-papiers se forme en parallèle du mouvement dit des «523». Byron, qui était déjà impliqué dans des syndicats étudiants en Equateur, y participe naturellement. «Les sans-papiers eux-mêmes se sont mobilisés dans plusieurs cantons suisses», avec un fort soutien de la population qui découvrait alors ces gens venus à cause de crises économiques dans leurs pays et qui travaillaient dans l’ombre.

A force de luttes, en 2001 la «circulaire Metzler» est rendue publique par la conseillère fédérale du même nom. Elle permet aux sans-papiers de demander leur régularisation après 4 ans de séjour. C’est du moins la théorie, car «en réalité, il faut beaucoup plus d’années pour avoir une réponse positive», constate Byron. Lui et de nombreux autres tentent leur chance. «Aujourd’hui, un bon nombre des membres du collectif d’alors ont obtenu un permis. C’est grâce à notre lutte.» Pour la famille Allauca, le sésame tombe en 2005. «C’était comme retrouver la liberté.»

Rapidement, Byron décroche un emploi comme chauffeur de bus aux transports publics lausannois (TL). Aujourd’hui, il a obtenu la nationalité suisse, et travaille toujours pour les TL, dans l’équipe du M2. Mais il n’a pas oublié son parcours et préside encore le collectif de soutien aux sans-papiers. «Depuis 15 ans, je tiens une permanence pour les sans-papiers. J’y vois toute la détresse d’une partie de la population», raconte-t-il. Celle des sans-papiers, mais aussi de toutes sortes de personnes précarisées, qui, faute de savoir où se tourner, se retrouvent à cette permanence. «Entre de longues journées de travail sous-payées, les enfants dont il faut s’occuper et une administration touffue, certains ne s’en sortent pas. Pour des gens simples qui n’ont pas forcément fait d’études, l’administration peut s’avérer compliquée. D’autres n’arrivent tout simplement pas à payer leur loyer et leurs assurances maladie».

Ce sont ces précaires dont Byron Allauca se fait le porte-voix dans le cadre de la campagne électorale en cours. «Lors de débats, j’ai été frappé par le peu de connaissance que les gens ont de la réalité de la vie des familles. On parle souvent des abus à l’aide sociale par exemple, mais on n’y tombe pratiquement jamais volontairement», commente le candidat. «Parfois, une famille avec deux adultes travaillant par exemple dans l’hôtellerie à 100% s’en sort déjà difficilement du fait de salaires bas. Il suffit d’un accident de parcours, une maladie, ou une diminution du temps de travail pour s’occuper des enfants, faute de trouver une place en crèche, et la famille tombe à l’assistance sociale».

«Il n’y a pas de volonté politique»
Aujourd’hui, la situation des sans-papiers a-t-elle évolué? «Cela a toujours été difficile d’accéder à des permis. Les conditions sont très exigeantes. Grâce à notre mobilisation, nous avons obtenu beaucoup mais le canton pourrait faire mieux. Plus de la moitié des sans-papiers vaudois attend encore un permis», estime Byron. Et de citer l’exemple récent de Genève et son opération «Papyrus». «Dans le canton de Vaud, il n’y a pas de volonté politique», regrette Byron. Et de rappeler que l’économie profite du travail des sans-papiers, «notamment les femmes, qui, dans l’économie domestique, remédient à l’insuffisance de places en crèche».

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