Une stratégie énergétique pour l’avenir

Suisse• Les citoyens se prononceront le 21 mai sur le projet de Stratégie énergétique 2050 qui vise, dans un premier train de mesures échelonnées jusqu’en 2035, une réduction de la consommation d’énergie, le développement des énergies renouvelables et l’abandon de l’énergie nucléaire. Seule l’UDC s’y oppose.

Une fois n’est pas coutume, le paquet ficelé que proposent le Conseil fédéral et le Parlement ne vise pas une réduction unilatérale de la fiscalité des entreprises ou un démantèlement des retraites. Contre-projet indirect à l’initiative pour la sortie programmée du nucléaire des Verts, option rejetée par une courte majorité du peuple en novembre 2016, le projet de loi vise à verdir progressivement la Suisse afin de réduire notre dépendance énergétique de 75% à l’étranger. Pour ce faire, trois axes sont privilégiés, qui vont de la réduction de la consommation notamment de mazout et pétrole au développement des renouvelables, en passant par la sortie de l’atome avec l’interdiction de construction de nouvelles centrales nucléaires.

Poursuivre l’assainissement des bâtiments
Parmi les mesures mises en avant pour développer l’efficacité énergétique, on trouve la reconduction au-delà de 2019 et avec un montant plus élevé provenant de la taxe sur le CO2 (soit 450 millions de francs par an contre 300 actuellement) du programme d’assainissement énergétique des bâtiments de la Confédération et des cantons. «Si le non devait l’emporter, l’argent pour l’assainissement énergétique des bâtiments manquerait dès 2019», prévient le Conseil fédéral.

La manne fait bien évidemment déjà saliver les propriétaires immobiliers comme la Fédération romande immobilière (FRI) du conseiller national libéral-radical vaudois Olivier Feller, mais sans doute moins les locataires. La loi prévoit aussi de limiter dès 2021 à 95g CO2/km (contre 130g CO2/km aujourd’hui) la valeur moyenne des émissions du parc de voitures de tourisme. «C’est positif pour l’environnement et le porte-monnaie», se félicite Caroline Beglinger, co-directrice de l’Association transports et environnement (ATE), une des dizaines d’ONG qui, à l’instar du WWF et de Greenpeace, soutiennent le projet.

Le deuxième volet de la loi veut développer les énergies renouvelables en Suisse. Elle prévoit de fixer un cap et un cadre, en précisant les valeurs indicatives pour le développement de la production électrique à partir d’énergies renouvelables d’ici à 2020 et d’ici à 2035.

Petit rappel: aujourd’hui, près de 60% du courant suisse provient de centrales hydroélectriques et 4,3% (soit 2831 GWh) des énergies renouvelables. Dans le cadre de la Stratégie énergétique 2050, il est prévu de relever cette production à 4400 GWh au moins d’ici à 2020, puis à 11400 GWh au moins d’ici à 2035.

Un supplément de 40 francs par an
Pour encourager cette production d’électricité propre, le supplément maximal perçu sur le réseau passera de 1,5 centime par kwh à 2,3 centimes, facturé aux ménages qui sont à l’origine d’environ 30% de la consommation d’électricité et aux entreprises. «Un ménage de quatre personnes ayant une consommation électrique moyenne devra payer 40 francs par an de plus qu’aujourd’hui du fait de l’augmentation de ce supplément», assure le Conseil fédéral. On est très loin du chiffre de 3’200 francs articulé par les blochériens, qui focalisent une grande partie de leur stratégie de campagne sur ce surcoût.

Un quart de l’augmentation, soit 120 millions de francs, bénéficiera, sous forme de prime de marché, aux grandes installations hydroélectriques existantes (les petites étant exclues de ce financement), qui, actuellement, ne sont pas rentables du fait de la concurrence bon marché et subventionnée des productions allemande et française. Le reste devant servir à soutenir la biomasse, la géothermie, l’éolien, le bois et le photovoltaïque par une rétribution à prix coûtant (RPC) du courant injecté ou de proposer des contributions d’investissement aux nouvelles installations hydroélectriques, photovoltaïques et de biomasse ou à des centrales à bois d’importance régionale. Ces mesures seront limitées dans le temps.

«La stratégie énergétique limite temporairement les subventions pour les énergies renouvelables jusqu’en 2022 pour la RPC et jusqu’en 2031 pour les contributions d’investissement. Un non à la stratégie énergétique maintiendrait le statu quo et les subventionnements illimités dans le temps. Les adversaires critiquent les subventions tout en combattant leur limitation dans le temps!», relève le comité interpartis qui soutient la réforme. Les associations de défense de la nature comme Pro-Natura se félicitent quant à elles que la construction de nouvelles installations destinées à exploiter les énergies renouvelables soit exclue des biotopes d’importance nationale.

Début de la sortie du nucléaire
Dernier jalon, et non des moindres, la nouvelle loi entérine l’abandon du nucléaire, en interdisant la construction de nouvelles centrales, même si elle précise que «les centrales existantes pourront rester en service aussi longtemps que leur sécurité est garantie». «Il manque des durées d’exploitation maximales contraignantes. Mais il sera toujours possible de combler cette lacune, lorsque la Stratégie énergétique sera en vigueur», estiment les écologistes, qui soutiennent le projet comme l’ensemble de la gauche.

Au-delà de ces partis, les autorités locales et cantonales ont aussi pris fait et cause pour le projet de loi. «Le projet soumis au peuple est un paquet équilibré qui vient confirmer la transition déjà en cours vers un approvisionnement en énergie renouvelable et une utilisation plus efficace de l’énergie», estime ainsi la Municipalité de Lausanne. «La nouvelle loi présente un autre avantage majeur: elle ouvre la voie à l’innovation et à la compétitivité. Elle favorisera les investissements dans la haute technologie. Ce qui entraînera la création d’emplois dans notre pays. L’énergie verte contribuera ainsi à la croissance de demain», claironne aussi la Conférence des chefs de départements des travaux publics et de l’aménagement du territoire de la Suisse occidentale et latine, la Cdtapsol.

Reste maintenant à savoir si Stratégie 2050 permettra de changer un tant soit peu l’addiction de la Suisse au pétrole, qui représente 50% de la facture énergétique globale du pays.

Share on Google+Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on LinkedInEmail this to someonePrint this page