Les chômeurs âgés devront continuer à se débrouiller

Suisse • La 3e conférence sur les travailleurs de plus de 55 ans n’a abouti à aucune mesure concrète pour éviter leur exclusion du marché du travail. Au grand dam des syndicats.

Cette semaine s’est tenue à Berne la 3e Conférence nationale sur les travailleurs et travailleuses âgés, réunissant les représentants de la Confédération, des cantons, de l’Union syndicale suisse (USS), de Travail.Suisse, de l’Union patronale suisse (UPS) et de l’Union suisse des arts et métiers (USAM). L’objectif visé? «Favoriser autant que possible l’intégration des seniors sur le marché suisse du travail», notamment en «déterminant les causes des difficultés de réinsertion et en les éliminant».

Si les 50-55 ans sont un peu moins concernés par le chômage que les plus jeunes (en 2016, le taux de chômage moyen était de 3,3%, contre 2,8% chez les plus de 50 ans), une fois au chômage, ils ont en effet plus de peine à retrouver une place de travail. Et la situation irait en s’aggravant selon l’Union syndicale Suisse, qui souligne que «le chômage des 55 ans et plus a fortement augmenté ces dernières années». La question est du reste de plus en plus souvent évoquée dans les médias, avec des situations dramatiques, comme celle de travailleurs contraints de dépenser toutes leurs économies avant de se retrouver pauvre pour leurs vieux jours.

Les syndicats «déçus»
Cet état de fait n’a apparemment que peu ému certains des participants à la conférence de Berne. Ainsi, la déclaration finale commune ressemble plus à une liste de constats sans mesures concrètes et encore moins contraignantes. «Dans certains cas, des pratiques pénalisantes ont cours… les participants à la conférence se sont engagés à les rejeter dans le cadre de leurs responsabilités et selon leurs possibilités», peut-on lire dans le communiqué de la Confédération. «Ils ont également rappelé que des investissements en faveur de la capacité de travail et de l’employabilité demeuraient nécessaires», poursuit-il. Enfin, «ils se sont accordés à soutenir une mise en œuvre efficace de l’obligation de communiquer les postes vacants (loi d’application concernant la mise en œuvre de l’initiative sur l’immigration de masse), mesure qui devrait aussi profiter aux demandeurs d’emplois âgés».

Pour les milieux syndicaux, c’est bien insuffisant. L’échange a été «intensif sans pour autant convenir de mesures concrètes», dénonce ainsi la faîtière Travail.Suisse, qui se dit «déçue que les pouvoirs publics et les partenaires sociaux n’arrivent pas à entériner une déclaration finale plus incisive». «Si la politique et les entreprises ne réagissent pas, la situation va continuer à se tendre» indique Adrian Wüthrich, président de Travail.Suisse.

Du côté de l’Union syndicale suisse, on souligne également que «les évaluations sur l’urgence du problème ne concordent pas» et qu’ «un simple appel à la raison ne suffit pas». Il faut une protection contre le licenciement des personnes de plus de 50 ans, la mise en œuvre de l’obligation d’annoncer les postes vacants, un accès à un bilan de compétences, davantage de soutien pour la formation et la formation continue, un accès facilité aux formations certifiantes comme les CFC, ou encore une meilleure couverture sociale en cas de chômage. Travail.Suisse revendique également des mesures dans le domaine de la formation, dans le cadre des mesures d’accompagnement, notamment pour les personnes sans diplôme ou dont la formation n’est plus demandée sur le marché du travail.

Plus de précarité de l’emploi pour plus d’emploi?
Du côté des patrons, c’est le mur. «Le meilleur garant d’un faible taux de chômage est un marché du travail souple et libéral» affirme ainsi l’USAM dans un communiqué, refusant «toute nouvelle intervention régulatrice», jugée «insensée». Et de jeter au passage un brin de responsabilité sur les travailleurs eux-mêmes: «Il est indispensable que la personne concernée soit motivée et disposée à parfaire sa formation et à actualiser ses connaissances en permanence». L’USAM s’empresse toutefois de préciser que «bilans et mesures de formation continue ou de reconversion doivent se régler de manière individuelle entre l’employeur et le travailleur». Enfin, elle estime qu’«il faut utiliser mieux encore les canaux des entreprises de location de services et de travail temporaire», car «le travail temporaire, qui favorise le lien entre travailleurs et marché de l’emploi, constitue un moteur d’intégration très efficace». Plus de précarité de l’emploi pour plus d’emploi…on connaît la chanson.