Une bonne dose d’humanité à mettre entre toutes les mains

Littérature• Le second romand de Xochitl Borel, intitulé «Les oies de l’île Rousseau», a pour toile de fond la Genève internationale et questionne la situation des sans-papiers et sans permis d’exister.

Par Monique Misiego

C’est une sorte de polar qui nous est livré. Polar soft, certes mais tout de même un polar car jusqu’au bout l’auteure nous balade en mettant l’accent sur certains personnages qui deviennent centraux, nous laissant supposer une certaine intrigue, pour soudain se concentrer sur d’autres, nous laissant étonnés.

Ce qu’on peut dire du livre de Xochitl Borel, c’est qu’il représente avant tout une photographie de cette société, plus particulièrement de ces hommes et femmes anonymes que nous côtoyons tous les jours, la seule différence entre nous étant que nous avons des papiers, un statut, une nationalité, un permis d’exister et qu’eux n’en ont pas. Ils sont arrivés là après de longs périples, attirés par un monde qu’ils imaginaient disponible et accessible à tous. Mais nous en sommes encore loin.

Solitude, anonymat et droit de séjour
Dans cette Genève internationale, où tout le monde peut passer inaperçu, on va faire connaissance de personnages très différents les uns des autres. Il y a d’abord Elliot, ce flic cabossé par la vie et trop sensible pour ce métier. Puis Vient Eva, psychiatre, qui rêvait d’être dresseuse d’oies dans son enfance. Il y a aussi cette petite patiente qui ne parle pas et que sa mère dépose toutes les semaines au pied de l’immeuble pour ses séances. Mais aussi Tsyori, venue de Madagascar, à laquelle Elliot va s’attacher. Puis Majda, folle de littérature et plus spécialement de poésie. Et Farid et Mehran, deux frères dont un se suicide et qui seront confondus par la police. Tous ces personnages ont en commun la solitude et l’anonymat. Sauf que certains se sentent plus légitimes que d’autres car ils ont le droit de séjourner dans la ville du bout du lac.

Le second roman de Xochitl Borel, qui avait déjà publié L’alphabet des anges, vaut le détour. On sent chez l’auteure un côté social, anarchiste, qui refuse les «critères» de la bonne société, préférant s’intéresser aux laissés pour compte. Une bonne dose d’humanité à mettre entre toutes les mains. Un roman réaliste mais sans tristesse. Juste réaliste.

Les oies de l’île Rousseau (Xochitl Borel/Editions de l’Aire)

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