Des jeunes sur le carreau par manque de budget

Neuchâtel • Trop de jeunes neuchâtelois se trouvent sans solution de formation depuis la rentrée scolaire, estime le POP neuchâtelois, qui pointe du doigt la fermeture de nombreuses classes dans un but d’économies.

Par Sarah Blum

Depuis quelques années, la politique du Conseil d’Etat neuchâtelois en matière de formation est claire: au niveau post-obligatoire, soit à la fin de la scolarité obligatoire, il faut limiter au maximum les formations à l’école et favoriser la formation duale (soit en partie en emploi, comme les apprentissages). Cette dernière comporte de nombreux avantages, dont celui de coûter bien moins cher que la formation en école.

L’année scolaire 2011-2012 constitue une année charnière dans ce plan d’action. Le Conseil d’Etat a alors décidé de supprimer les voies CFC de commerce à plein-temps en école, de supprimer des classes de préapprentissage et a introduit des critères plus exigeants pour l’entrée dans les écoles du secondaire II. En début de cette année, il décidait en outre de limiter le nombre de classes de maturité commerciale en école à cinq classes dans tout le canton, une classe à La Chaux-de-Fonds et le reste à Neuchâtel. Pour rappel, il y avait en 2008 encore 15 classes de la filière commerciale sur l’ensemble du canton et cette future limitation occasionnera immanquablement des refus d’admission à des élèves remplissant pourtant les conditions d’entrée.

Un flou sur le nombre de jeunes concernés
Le Conseil d’Etat a toujours affirmé qu’il ne fermerait pas de classes avant d’avoir le nombre nécessaire de places d’apprentissage. Or, nous constatons qu’il n’y a malheureusement pas vraiment de places d’apprentissage supplémentaires: En 2012, 1188 places étaient disponibles sur l’ensemble du canton. Ce chiffre est passé à un maximum de 1229 en 2016, mais est retombé à 1185 en 2017. Notons par ailleurs que certaines d’entre elles restent vacantes, car aucun CV envoyé ne satisfait les employeurs.

Il résulte de cette situation qu’un bon nombre de jeunes qui se retrouvent sans solution après l’école obligatoire. A l’ESTER (école professionnelle située à La Chaux-de-Fonds) par exemple, 42 élèves se sont ainsi vus refuser l’entrée en filière de préapprentissage et 24 en maturité professionnelle ASSC (assistant-e en soin et santé communautaire). Difficile de savoir combien de jeunes exactement se retrouvent sans solution chaque année. Les chiffres que présente le Département, sous-évalués, ne prennent par exemple pas en compte les élèves dont les parents ont les moyens d’envoyer leur progéniture en séjour linguistique, ni ceux qui ont une rupture de contrat d’apprentissage en cours d’année, etc.

Il y a en outre fort à craindre qu’il y ait un effet de cumul de jeunes qui se retrouvent sans solution d’année en année. Combien sont-ils exactement? Il règne une certaine opacité… Une interpellation a été déposée au Grand Conseil pour un peu mieux appréhender la situation et la réponse du Conseil d’Etat est très attendue. Mais cette situation est extrêmement dangereuse, car un jeune qui se retrouve hors du système scolaire et sans titre du secondaire II risque de coûter bien plus cher à la collectivité que si cette dernière lui offre la chance de se former.

Monika Maire-Hefti, cheffe du Département de l’éducation et de la famille (DEF), a récemment affirmé dans la presse qu’il n’appartenait pas à son département de trouver et fournir une place à chacun. Du côté du POP, à l’origine de l’interpellation déposée au Grand Conseil, on estime au contraire qu’il revient à l’Etat de garantir une bonne formation à tous les jeunes. S’il ne le fait pas, c’est la porte ouverte aux inégalités, car les jeunes dont les parents ont un réseau et sont bien intégrés seront sans aucun doute favorisés.

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