Un coup de foudre au cœur de la révolution culturelle

Littérature • Le sinologue suisse Jean-François Billeter raconte son coup de foudre à Pékin, au cœur de la Grand Révolution culturelle prolétarienne.

Jean-François Billeter, éminent sinologue, fut professeur à l’Université de Genève. Mais ce petit livre, à la fois touchant et intéressant sur le plan historique, n’est pas un ouvrage scientifique. C’est l’histoire de sa rencontre avec Wen, le grand amour de sa vie. Après ses études, celui qui était alors un jeune homme, obtient une bourse et gagne Pékin. Nous sommes en 1963. Très vite, il rencontre Wen, une jeune femme médecin chinoise de vingt-trois ans. C’est le coup de foudre. Mais pour pouvoir se marier et quitter le Chine, le couple va passer par d’incroyables tribulations, tantôt burlesques tantôt périlleuses, liées à la nature très soupçonneuse du régime communiste chinois.

Et bientôt commence la Grande Révolution culturelle prolétarienne. Contrairement à l’image idéalisée que s’en font les jeunes gauchistes d’Occident, c’est une période terrible: humiliations publiques de personnages considérés comme «contre-révolutionnaires», lynchages, exécutions sommaires, déportations d’intellectuels dans des villages isolés. Des millions d’individus voient leur vie brisée. Universités et écoles ferment, et la Chine va accumuler un inquiétant retard. J.-F. Billeter, qui s’avoue encore bien naïf à cette époque, découvre tout cela, notamment à travers les difficultés que rencontre la famille de sa fiancée, dont le père fut officier du Kuomintang. En même temps, le lecteur est plongé dans la vie et les mœurs des Chinois, souvent si différentes des nôtres.

Wen est décédée en Suisse en 2012. Son mari lui a consacré un deuxième petit livre (de moindre intérêt, avouons-le) où, sous forme de carnet, il relate la difficulté de la séparation: Une autre Aurélia (Paris, Allia, 2017, 92 p.)

Jean-François Billeter, Une rencontre à Pékin, Paris, Ed. Allia, 2017, 151 p.