L’austérité à répétition asphyxie le secteur subventionné

Genève • Le Cartel intersyndical explique tout le mal qu’il pense du budget 2018, en discussion au Grand Conseil depuis le 14 décembre.

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Depuis quelques semaines, la fonction publique s’est surtout fait entendre sur le projet de recapitalisation de la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG) et sur le projet de loi de refonte de la grille salariale Score, mais la grogne est aussi perceptible en ce qui concerne le budget 2018 du canton, qui affiche 186 millions de déficit. A l’occasion d’une conférence de presse cette semaine, le Cartel intersyndical a tiré la sonnette d’alarme sur les menaces qui planent sur le secteur subventionné, qui n’arrive plus à faire face à ses missions.

«On fait peu de bruit sur les conséquences budgétaires de l’austérité sur ces secteurs qui, années après années, sont poussés à faire un certain nombre de choix qui ont des implications graves pour la population et les travailleurs», s’insurge Jean-Luc Ferrière, secrétaire syndical au syndicat SIT. Les budgets négatifs, la réduction de personnel, l’externalisation, le non-respect ou la remise en cause des CCT s’accumulent. Et de donner des exemples. Aux HUG, les médecins font des horaires qui ne respectent pas la Loi sur le travail. «Faute de budget suffisant, la mise aux normes n’est pas possible», critique le syndicaliste. L’augmentation structurelle de la subvention aux Hôpitaux de 53 millions depuis 2013 cacherait dans les faits une baisse réelle de 44 millions de francs.

Soins à domicile minutés
Dans les soins à domicile (Imad), le budget prévoit bien la création de 40 postes, mais il en faudrait 120. «Les personnes qui délivrent les soins ont 6 minutes pour donner des gouttes, temps de déplacement, de lavage des mains et de contacts sociaux compris», explique Jean-Luc Ferrière. Les mêmes pressions se retrouvent dans les secteurs de l’enseignement spécialisé, de l’accompagnement des migrants mineurs ou des établissements médico-sociaux. «Dans les Ems de Plantamour et de Notre-Dame aux Pâquis, les salariés ont résisté récemment contre l’externalisation à moindre coût du personnel hôtelier, mais dans d’autres, les externalisations ont déjà eu lieu», précise-t-il encore. Des concierges d’écoles sont remplacés par des entreprises de nettoyage externes à des salaires plus bas.

De son côté, Syndicat des services publics (SSP) dénonce depuis 2015 les baisses de subventions, notamment celles pour la Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle (FASE). «Le personnel a été réduit de 5%. Les actions de prévention, pourtant fondamentales, sont supprimées», s’insurge Filipa Chinarro, chargée du secteur social au SSP, tout en expliquant que le personnel de l’Hospice général est soumis à une charge de travail en augmentation constante. «Aujourd’hui, la politique de subventionnement est complètement fragmentée.

L’Etat ne subventionne plus des missions, il achète des unités de prestations», critique-t-elle. Avec des aberrations à la clef: «113 enfants qui n’ont pu être placés ont été mis en hospitalisation sociale aux HUG, soit la prestation la plus chère et la moins adaptée à l’enfant», vitupère la syndicaliste. «Nous avons déjà dit à la droite qu’il n’était pas possible de combler des baisses de subvention par d’autres sources de financement. On ne peut quand même pas écarter des personnes handicapées plus lentes dans les ateliers d’entreprises sociales pour accroître la rentabilité. Ce qui s’est pourtant malheureusement déjà produit», accuse Jean-Luc Ferrière.

Des économies de 44 millions
Et les choses ne devraient pas s’améliorer. «Dans son plan financier quadriennal (PFQ) 2018-2021 présenté le 22 novembre, le Conseil d’Etat prévoit des économies structurelles de 44 millions de francs sur la fonction publique, sans encore préciser où auront lieu les coupes. Les enseignants du Cycle d’orientation craignent de devoir faire des heures supplémentaires», souligne encore Marc Simeth, président du Cartel intersyndical.

Face à ce manque de ressources, le Cartel dénonce les baisses d’impôts effectuées par la droite ces dernières années. «Le gouvernement et la majorité de droite du Grand Conseil ont été trop loin. Ces baisses d’impôt pour les plus riches coûtent 1 à 1,5 milliard par an à la collectivité», explique encore Jean-Luc Ferrière. «Pour faire entendre qu’ils sont là», les salariés de la fonction publique se sont mobilisés pour une demi-journée de grève le 14 décembre, ainsi qu’en siégeant devant le parlement en fin de soirée pour exprimer leurs revendications.