Orlando Hernandez, le Machiavel

Honduras • Fidèle allié des Etats-Unis, le chef de l’Etat a été investi samedi 27 janvier pour un second mandat, au terme d’une élection frauduleuse. Durant son premier mandat, il a placé tous les pouvoirs sous sa coupe (par Cathy Dos Santos, paru dans l’Humanité).

Juan Orlando Hernandez a placé ses hommes à la tête de la Cour suprême de justice , du Tribunal suprême, de la police et de l’armée (photo: Kimberly Aguirre)

Article initialement paru dans l’Humanité

Autoritaire et ambitieux, Juan Orlando Hernandez a tissé sa toile sur le Honduras. Avec détermination et poigne de fer, il s’est hissé aux plus hautes fonctions de ce petit pays centraméricain il y a cinq ans. Le 27 janvier, il a revêtu, une nouvelle fois, l’écharpe de président lors d’une investiture «simple». Ce profil bas ne ressemble pas à «JOH», comme on le surnomme de ses initiales, plutôt coutumier de déclarations rentre-dedans. Mais, l’heure n’est pas aux cotillons pour l’avocat et figure du très réactionnaire Parti national, qui tente vainement de lisser son discours et d’enjoindre au dialogue.

L’Alliance d’opposition contre la dictature au Honduras était, elle aussi, de la partie ce 27 janvier. La coalition de gauche a contesté, encore une fois, dans les rues de la capitale, l’élection de Juan Orlando Hernandez, proclamé vainqueur de la présidentielle du 26 novembre 2017 au terme d’un scrutin contesté et d’un comptage des voix digne d’une République bananière. Ce jour-là, son principal concurrent, le journaliste et chef de file de l’Alliance d’opposition contre la dictature, Salvador Nasralla, faisait la course en tête avec une confortable avance avant que, patatras!, le système informatique ne tombe en panne, comme par enchantement…

Un allié de poids des Etats-Unis
Le Tribunal suprême électoral (TSE), tancé par les opposants et foule d’organismes internationaux, a depuis porté aux nues Juan Orlando Hernandez, qualifiant même l’élection «d’une transparence jamais vue au Honduras», a osé son président, David Matamoros. L’Organisation des Etats américains (OEA), appendice de Washington et qu’on ne peut donc accuser de gauchisme, plaidait pour de nouvelles élections avant de se rétracter sous la pression des Etats-Unis, qui se sont empressés de reconnaître leur poulain. Car, JOH est un allié de poids dans cette arrière-cour par excellence où Washington a abusé des coups d’Etat pour défendre ses intérêts économiques et géopolitiques.

En 2009, le président libéral Manuel Zelaya avait été renversé, au profit d’un pantin à la solde de l’administration américaine, pour avoir osé se rapprocher d’un peu trop près des gouvernements de gauche d’Amérique latine. Inadmissible aux yeux de la Maison-Blanche, qui veille au grain sur ce «pays porte-avions», où elle possède deux bases militaires. JOH conservera donc son fauteuil par la grâce de ses amis du Bureau ovale et de manœuvres florentines dont il a le secret. En 2009, en pleine crise politique à la suite du putsch contre Zelaya, il est l’homme qui murmure à l’oreille de Porfirio Lobo, le candidat de l’oligarchie nationale qui deviendra président au terme d’une élection marquée du sceau des violations des droits de l’homme et de… fraudes en cascade.

Il voit son zèle récompensé en 2010, en obtenant la présidence du Congrès national. Belle ascension pour cet affairiste heureux qui a été élu député pour la première fois en 1997. En 2013, à la veille de la présidentielle, il obtient l’investiture de sa formation au terme de primaires internes contestées par son concurrent, qui l’accuse de… fraude. Mais, auparavant, il a soigné ses arrières. Fort de sa stature de chef de l’Assemblée, il a décapité l’ensemble des différents pouvoirs pour y placer ses hommes de main. Il commence par la Cour suprême de justice, puis le TSE, avant de s’attaquer à la police et à la sacro-sainte armée, qui a fait main basse sur le pays de 1972 à 1983.

Narcotrafic et gangs armés
La nation est ravagée par les cartels du narcotrafic qui bénéficient de soutiens haut placés et les gangs armés des maras, au point que l’ONU la considère comme l’une des plus violentes au monde. «Je ferai ce que je dois faire pour éradiquer la délinquance», jure sur tous les tons Juan Orlando Hernandez durant la campagne de 2013 où il multiplie les promesses d’une «vie meilleure», son slogan, en rénovant les chiches habitations et en offrant aux plus nécessiteux des poêles «économiques» qui lui valent le surnom de Juan le Poêle. JOH ne s’en offusque pas et revendique même le quolibet.

Il ne change rien au drame social d’une majorité de Honduriens, mais il passe de la pommade là où les plus nécessiteux ont mal. Ses opposants – défenseurs des droits de l’homme, environnementalistes, journalistes, etc. – sont menacés, assassinés. Les GI ne bougent pas d’un cil, l’Union européenne regarde ailleurs… du côté de Caracas. JOH remporte la présidentielle, malgré les recours de sa principale concurrente du Parti libre, qui dénonce une kyrielle de… fraudes. Le TSE ferme les yeux. Le président fraîchement élu promet alors de militariser le pays et il le fait, avec la coopération de la Colombie et du Mexique, dont chacun sait combien ils sont respectueux des droits de l’homme.

La criminalité reste, encore aujourd’hui, une pandémie. L’économie, dominée par une poignée de familles, est profondément inégalitaire avec 42% de pauvres. Sur le plan politique, l’ordre institutionnel est en lambeaux. JOH a tout verrouillé. Bien qu’interdit de briguer un nouveau mandat en 2017, selon la Constitution, le chef de l’Etat sortant s’est adjoint les faveurs de la chambre constitutionnelle de la Cour suprême de justice afin que cette dernière déclare «inconstitutionnel» l’article 239 de la Constitution lui interdisant de se représenter. Juan le Poêle a tout d’un Machiavel au bras long, très long.