621 prétendants pour 100 trônes

Genève • Une pléthore de candidats se lance dans la course aux élections cantonales du printemps. Après quelques difficultés à l’allumage, Ensemble à Gauche affiche ses ambitions.

En 2013, la coalition Ensemble à Gauche avait obtenu 8,75% des suffrages, faisant sa rentrée au Grand Conseil après huit ans d’absence (photo: Carlos Serra)

C’est parti pour les élections cantonales genevoises qui se dérouleront les 15 avril et 6 mai prochains. Si, à l’heure où nous mettions sous presse, les listes pour le Grand Conseil et le Conseil d’Etat n’avaient pas encore été définitivement officialisées, la multiplicité des prétendants à de quoi impressionner. Ce sont 621 candidats qui brigueront un des 100 sièges du parlement et 31 postulants qui viseront un des 7 sièges au gouvernement, où François Longchamp (PLR) est le seul à ne pas se représenter.

A l’extrême droite de l’échiquier, la concurrence s’annonce rude. Outre l’UDC et le Mouvement citoyen genevois vient d’apparaître Genève en marche, scission de ce dernier parti, emmenée par le revenant Eric Stauffer. Au centre-droit, le PLR, qui présente Pierre Maudet et les députés Nathalie Fontanet et Alexandre de Senarclens au Conseil d’Etat et le PDC, qui maintient ses sortants Luc Berthassat et Serge Dal Busco dans la course, seront poursuivis par les Vert’libéraux et le PBD. A gauche, les Verts lancent le sortant Antonio Hodgers, la conseillère municipale Marjorie de Chastonay et le maire de Vernier Yvan Rochat au Conseil d’Etat, ainsi qu’une liste de 76 candidats au législatif. Le PS représente Anne Emery-Torracinta à l’exécutif, avec Thierry Apothéloz et Sandrine Salerno, respectivement conseiller administratif de Vernier et de Genève. La liste au Grand Conseil se veut compacte, avec seulement 51 candidats.

Couacs de départ
Du côté d’Ensemble à Gauche (EàG), coalition qui regroupe Solidarités, le Parti du Travail et le DAL (Défense des aînés, du logement de l’emploi et du social), la mise à feu a été quelque peu laborieuse, avec deux couacs de départ. Depuis quelques mois, une guerre larvée se déroulait entre deux membres évincés du groupe, les députés Magali Orsini (La Gauche) et Pierre Gauthier (Parti radical de gauche) et la coalition. En 2016, les deux députés, qui présentent leur candidature au Conseil d’Etat, avaient déposé la marque EàG auprès de l’Institut de la propriété intellectuelle. Cette démarche vient d’être invalidée par la chambre civile de la Cour de justice, qui considère que l’on ne peut se targuer d’une dénomination que si elle est utilisée. Ce qui n’était pas le cas présent, puisque les deux députés ont déposé une «Liste pour Genève» pour les élections de 2018.

«La démarche était farfelue et pas du tout politique. Son unique but était de nous empêcher d’utiliser la dénomination», estime Alexander Eniline, président du PdT. «L’affaire est définitivement réglée», juge Jean Burgermeister, de solidaritéS, qui se félicite de l’unité du reste de la gauche combative. Quoique: outre la Liste pour Genève, deux autres listes citoyennes concourent, la Liste féministe, forte de 19 candidates et la Liste Egalité et Equité, emmenée par un membre du bureau de l’association Attac, Gérard Scheller. Rappelons que le quorum est fixé à 7% dans le canton et qu’en 2013, la gauche radicale était revenue au Grand conseil avec 8,75% des voix, après une absence de deux législatures due à… ses divisions!

L’autre affaire a trait aux soupçons de dysfonctionnements qui pèsent sur Pablo Cruchon, permanent et candidat au Conseil d’Etat de solidaritéS au côté de Jocelyne Haller et de Salika Wenger (PdT), vis-à-vis d’une autre permanente du parti, Maria Perez. Après ouverture d’une enquête in-terne sous la férule d’Anne-Marie Barone, juge à la retraite, l’intéressé a décidé, sur demande du PdT, de se retirer de la course à l’exécutif au profit de Jean Burgermeister. Il maintiendra sa candidature au Grand Conseil, tout comme Maria Perez. «Nous avons pris les choses au sérieux et j’ai entière confiance dans le processus d’enquête», explique le nouveau candidat à l’exécutif. «La démission de Pablo Cruchon, qui vient de lui, obéit à une logique programmatique et politique. Nous ne voulions pas que la campagne soit occultée par cette affaire», ajoute le jeune biologiste. «Cette démission est raisonnable. Cela évitera toute interférence pendant notre campagne», assure, de son côté, Alexander Eniline.

Un programme contre l’austérité
Quels seront justement les axes de revendication de cette campagne? «Nous voulons porter un refus de la politique d’austérité, qui va encore s’accroître avec la mise en place de la réforme de l’imposition des entreprises PF 17, et défendre le service public, aussi bien ses salariés que ses usagers à l’heure où la précarité et les inégalités croissent», explique Jean Burgermeister. Pour le reste, la coalition entend défendre les intérêts de la population. Cela va du plafonnement des primes d’assurance-maladie à la mise en place d’une assurance dentaire ou d’une caisse-maladie pu-blique, en passant par l’instauration d’un salaire minimum (voir ci-dessous) ou le développement de transports publics bon marché. «En tant que militant de plusieurs collectifs, je fais de la question du logement une priorité. Il est indispensable de construire rapidement des logements accessibles à tous et notamment aux jeunes», précise encore Jean Burgermeister.

La nouvelle donne du côté de la droite dure de l’échiquier politique suscite aussi des questions. Evincé du Mouvement citoyens genevois, Eric Stauffer a fondé Genève en marche. Il se présentera avec un colistier, Ronald Zacharias, connu comme promoteur immobilier et défenseur des plus riches. «Ce nouveau parti, né de règlements de comptes au sein du MCG, est totalement incohérent et démagogique. Il demande une caisse maladie gratuite pour les Genevois, payée par l’impôt, ce qui est incompatible avec le combat de Ronald Zacharias pour faire baisser les impôts pour les riches», explique Alexander Eniline. «Quant au MCG, il revendique une hausse des prestations, tout en voulant systématiquement baisser les impôts. L’absurdité est totale», souligne encore le président du PdT. La campagne est bel et bien lancée.

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