Oxfam, l’arbre qui cache la forêt?

Il faut le dire • Oxfam était jusqu’à la semaine dernière connue pour ses enquêtes et études fouillées sur des thèmes comme la pauvreté, les inégalités au niveau mondial ou l’optimisation fiscale des multinationales. Cette image vient brutalement d’être profondément ternie

Oxfam était jusqu’à la semaine dernière connue pour ses enquêtes et études fouillées sur des thèmes comme la pauvreté, les inégalités au niveau mondial ou l’optimisation fiscale des multinationales. Cette image vient brutalement d’être profondément ternie suite aux révélations du journal The Times sur Oxfam Grande-Bretagne. En 2011 à Haïti, pays qui venait d’être frappé par un tremblement de terre, le directeur régional de l’organisation dans ce pays, le Belge Roland Van Hauwermeiren, ainsi que plusieurs autres collaborateurs auraient engagé des prostituées «pour des orgies» dans une villa louée par Oxfam avec des fonds caritatifs.

Pour sa défense, l’organisation a précisé que dès 2011, elle avait lancé une enquête interne débouchant sur le licenciement de quatre employés, ainsi que le départ de trois autres, dont le directeur régional. Ces explications sont cependant loin de dissiper tous les doutes. En démissionnant de son poste de directrice adjointe d’Oxfam, Penny Lawrence a expliqué que de telles pratiques s’étaient déjà déroulées au Tchad. Directrice de la prévention interne à Oxfam entre 2012 et 2015, Helen Evans a dénoncé l’existence d’une «culture d’abus sexuels au sein de certains bureaux», notamment au Sud-Soudan ou dans des magasins tenus par l’ONG en Angleterre. Pour faire toute la lumière, la Commission caritative, qui contrôle les organisations humanitaires au Royaume-Uni, a décidé de lancer en début de semaine une enquête sur Oxfam.

Le scandale et la tempête médiatique nés de cette sordide histoire sont d’autant plus justifiés qu’une organisation humanitaire a un devoir d’exemplarité tant auprès des victimes qu’elle prétend aider qu’auprès de ses donateurs désintéressés. Ces derniers appuient financièrement et en toute bonne foi les engagements des ONG, dont le management et les modalités d’action restent souvent opaques.

Comment une association qui prétend représenter «le pouvoir citoyen contre la pauvreté» et se targue d’incarner la morale peut-elle laisser passer des comportements hors-la-loi au moment de l’engagement de ses collaborateurs? Combien d’autres associations sont concernées par les dérives de ce business de la charité? Les dégâts occasionnés par cette affaire sont encore difficilement prévisibles, mais si ces lamentables événements contribuent à assainir le secteur, à développer des contrôles internes et la transparence vers l’extérieur, ils auront au moins eu un mérite.