«Les électeurs suivent nos positions»

Genève • A l’occasion des élections cantonales d’avril. la gauche combative présente trois candidats à l’exécutif, dont Salika Wenger du PdT. Rencontre avec une députée pugnace.

«La gauche doit proposer de nouvelles recettes pour sécuriser les parcours professionnels des salariés dans un monde qui change», estime l’élue genevoise (photo: Carlos Serra).

Le 15 avril auront lieu l’élection du Grand Conseil et le premier tour de celle du Conseil d’Etat. Dans la course à l’exécutif, 31 candidats se présentent sur la ligne de départ. A la gauche de la gauche, Ensemble à Gauche lancera trois candidats, Jocelyne Haller, Jean Burgermeister, tous deux de solidaritéS et Salika Wenger, représentante du Parti du Travail et députée sortante. Interview d’une élue connue pour son franc-parler.

Quelles sont les raisons qui vous poussent à concourir pour l’exécutif?
Salika Wenger Ma candidature est bien évidemment une candidature de combat. Elle doit permettre de donner de la visibilité aux revendications sociales de la coalition Ensemble à Gauche (EàG). A mon avis, il est illusoire de croire que l’on peut réaliser des changements importants en faveur de la population dans le cadre d’une majorité de droite à l’exécutif, comme on la connaît à Genève. Je me refuse donc à jouer les bonimenteurs et à lancer des fausses promesses électorales. Aujourd’hui, il faut constater qu’en Suisse comme dans le reste de l’Europe on assiste à une droitisation de la société et de la politique. Le rôle de la gauche s’avère surtout d’ordre défensif et consiste essentiellement à s’opposer à la logique du pire de la droite plutôt que de promouvoir de nouvelles propositions de progrès social.

Il est pourtant important de lutter et d’essayer. Chaque fois que nous nous sommes opposés aux projets de la droite – que cela soit au niveau national contre l’inique réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) ou le paquet vieillesse PV 2020, au niveau cantonal pour maintenir l’offre des TPG ou des tarifs de transports abordables pour tous, ou dans notre refus des coupes budgétaires en Ville de Genève, nous avons toujours été suivis par les électeurs. Cela prouve bien que la politique menée notamment par le Grand Conseil ne représente pas la position et les attentes de la population. Sous prétexte de réduire la dette qu’elle a elle-même contribué à creuser, la droite n’a qu’un discours, celui d’attaquer un système de protection sociale qui fonctionne relativement bien et qu’il faudrait plutôt tendre à adapter ou à améliorer.

La gauche de la gauche se présente en ordre dispersé au Grand Conseil. Cette division n’est-elle pas gênante, du fait que le quorum pour entrer au parlement requiert 7% des suffrages?
On ne peut pas parler de divisions. Même si deux députés ont quitté notre groupe, du fait de problèmes de dysfonctionnements personnels, pour se présenter sur la Liste pour Genève, SolidaritéS, le PdT, et le DAL ont réussi à se mettre d’accord pour partir unis dans la campagne, malgré nos différences politiques. Nous avons travaillé ensemble durant la dernière législature et nous défendons unanimement un même programme. Je m’en réjouis, de même que de nos accords d’apparentement avec le PS et les Verts, malgré certaines divergences avec les écologistes, qui n’ont, par exemple, pas soutenu notre projet de loi pour désarmer les effets négatifs de la future réforme cantonale de l’imposition des entreprises.

Que pensez-vous de la liste femmes qui se présente au parlement?
Je crois que cette liste fait fausse route. L’inégalité qui touche les femmes reste le symptôme d’autres rapports de domination, liés aux différences de classes, qui structurent la société. On ne pourra répondre aux attentes des femmes qu’en mettant à bas cette structure globale de domination au profit des classes dominantes.

La réforme cantonale de l’imposition des entreprises (PF17) sera l’un des grands enjeux de la législature, quels seront les autres?
A terme, il est inéluctable que Genève devienne le centre d’une région qui comprendra un million d’habitants. La question de l’aménagement du territoire sera donc cruciale. Pour répondre à cette augmentation de la population, il faut des solutions de construction qui préservent la vie sociale et ménagent l’environnement, tout en respectant le cadre de la Loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT), qui demande que l’on préserve les espaces agricoles. Surdensifier ou surélever les logements en ville de Genève n’est pas tenable. La création de 2’000 logements sur un site comme le PAV (Praille-Acacias-Vernets) va inéluctablement conduire à la création de ghettos. Il faudra bien construire à l’extérieur, notamment dans les communes suburbaines.

Un des autres enjeux de la législature concerne la mobilité. Il faut réduire le trafic individuel motorisé. Cela demande que l’on développe les transports publics dans le sens de leur gratuité, qu’on améliore le contournement de la ville, ou qu’on autorise les taxis à utiliser les couloirs de bus. La réflexion doit être globale si l’on veut éviter l’asphyxie.

En ce qui concerne PF17, il faut laisser à la droite la responsabilité d’imposer sa flat-tax minimale sur les bénéfices des entreprises. Celle-ci va entraîner un accroissement de la privatisation des services publics, y compris dans des pouvoirs régaliens de l’Etat comme la sécurité ou la santé. Nous n’avons pas à cautionner cette dérive, en négociant des aménagements sur une quelconque baisse d’impôts.

Un vent de droite souffle sur l’Europe et les Etats-Unis. Pourquoi la gauche ne parvient-elle pas à se faire entendre?
La gauche n’a pas encore réussi à adapter son discours à un monde qui est en train de changer. D’ici 20 ans, de nouveaux métiers vont émerger, alors que d’autres disparaîtront. Face à ces risques d’insécurité professionnelle, la gauche doit promouvoir de nouvelles solutions pour sécuriser le parcours des salariés. Dans un pays comme la Suisse, qui restera un pays de services, il importe de favoriser l’accès des classes populaires aux savoirs technologiques. Au-delà de cet effort de formation, il faut envisager d’autres dispositifs de soutien social. Je suis résolument en faveur d’un revenu universel inconditionnel ou d’une fusion de l’AVS et du deuxième pilier pour assurer des rentes vieillesse décentes à tous.

A l’occasion du 8 mars, journée mondiale des femmes, quelles sont vos revendications?
Obtenir l’égalité salariale pour les femmes ou la parité en politique restent des points primordiaux pour moi, mais l’essentiel reste bien d’en finir avec les rapports de domination.