Des viols systématiques dans l’indifférence générale

La chronique féministe • Les viols systématiques et collectifs de centaines de fillettes britanniques par des gangs d’origine indo-pakistanaise ont eu lieu à Telford, en Angleterre, pendant 40 ans. Quand j’ai entendu cela lundi matin, à la revue de la presse de France-Inter, relayant une enquête du "Mirror", mon sang n’a fait qu’un tour...

Les viols systématiques et collectifs de centaines de fillettes britanniques par des gangs d’origine indo-pakistanaise ont eu lieu à Telford, en Angleterre, pendant 40 ans. Quand j’ai entendu cela lundi matin, à la revue de la presse de France-Inter, relayant une enquête du Mirror, mon sang n’a fait qu’un tour. On peine à croire que de telles choses se passent dans un pays démocratique européen…

Le Figaro du 19 mars reprend les informations: «Le Mirror estime qu’il y a jusqu’à 1000 victimes, principalement des jeunes filles de la classe ouvrière blanche de cette ville du nord de l’Angleterre. Les institutions de cette petite ville sont accusées d’avoir tenté de minorer, voire d’étouffer, les agissements de ces gangs criminels, par peur d’être accusées de racisme.» Un délit qui peut conduire au licenciement. «C’est l’accusation qu’a essuyée Lucy Allan, la députée Tory (conservateurs) de la circonscription de Telford, lorsqu’elle réclamait à cor et à cri la réouverture de l’enquête sur cette affaire sordide, qui avait déjà abouti à plusieurs condamnations. On lui a reproché d’attiser les tensions interraciales en pointant la responsabilité d’hommes indo-pakistanais, alors que les abus d’enfants étaient commis par des personnes de tous milieux», rapporte le journal français. «Reconnaître le problème est pourtant la première étape pour le résoudre», estime Lucy Allan. Sur demande de Theresa May, une enquête indépendante a finalement été ouverte. C’est l’aboutissement d’un combat de 18 mois mené par Lucy Allan, alertée par la victime d’un gang. Auparavant, la police avait refusé à cinq reprises d’ouvrir une enquête.

Le Figaro relaie ensuite le témoignage d’une fille âgée de 14 ans, recueilli par le Mirror. Elle a été abusée après que son numéro de téléphone ait été vendu à des pédophiles: «Je détestais ce qui se passait et mes agresseurs me donnaient la chair de poule, mais on m’avait dit que si je disais un mot à quiconque, ils s’occuperaient de mes petites sœurs et ils diraient à ma mère que j’étais une prostituée. Nuit après nuit, j’ai été forcée à coucher avec de nombreux hommes dans des fast-foods dégoûtants et des maisons crasseuses. J’allais chercher la pilule du lendemain dans une clinique locale au moins deux fois par semaine, mais personne ne m’a posé aucune question. Je suis tombée deux fois enceinte et j’ai subi deux avortements. Quelques heures après mon second avortement, j’ai été raccompagnée par un de mes agresseurs pour être violée par plusieurs hommes. Le pire moment a été juste après l’anniversaire de mes 16 ans, quand j’ai été droguée et violée en réunion par cinq hommes. Quelques jours plus tard, le chef du réseau a débarqué chez moi et m’a dit qu’il brûlerait ma maison si je soufflais un mot de ce qui s’était passé.»

Cette sinistre affaire rappelle ce qui s’est passé entre 1997 et 2013 à Rotterham, une ville industrielle de 255’000 habitants, à l’est de Liverpool, sinistrée après la fermeture des mines de charbon dans les années 80 (vive le capitalisme!). On a identifié 1400 victimes (mais il y en aurait 4000), 110 suspects, dont la grande majorité est d’origine pakistanaise; 38 ont été arrêtés, 18 inculpés, 4 condamnés à des peines d’emprisonnement de plus de 30 ans. Les prédateurs visent des fillettes de milieux pauvres, dès 11 ans, les attirent avec de la vodka et des cigarettes, leur font croire qu’ils vont être amis, les violent, les passent à leurs copains, qui font partie du même réseau, puis on les fait voyager dans le pays, en les livrant à d’autres pédophiles, qui les violent à leur tour… On les menace, si elles parlent, de s’en prendre à leurs sœurs, à leur mère, de les brûler vives. Il y a d’ailleurs eu des disparitions et des meurtres.

Ces filles, pauvres et sans protection, méprisées par tous: agresseurs, police et services sociaux, sont traitées comme du «white trash». Une enquête indépendante a démontré, en février 2015, la responsabilité des élus locaux, leur culture sexiste, fondée sur l’intimidation, et les défaillances de la police du South Yorkshire.

Les faits sont effroyables. On peut se demander pourquoi il aura fallu si longtemps pour qu’ils soient portés à la connaissance du public. Il est vrai que Tariq Ramadan a pu sévir pendant 20 ans à Genève sans être inquiété, et qu’il a encore fallu une vingtaine d’années pour que le DIP mène une enquête sur les incroyables dysfonctionnements de l’époque, dans une ville dont on ne peut pas dire qu’elle soit sinistrée! Mais ce qui m’interpelle encore plus, c’est que des personnes ne dénonçaient pas les faits, de peur de passer pour racistes! France-Inter relevait que peu de médias français ont relayé ces informations, pour les mêmes raisons. Naturellement, la presse d’extrême droite s’est, elle, engouffrée dans la brèche.

Cela me fait penser à la vague d’agressions sexuelles qui eut lieu, le 31 décembre 2015, dans plusieurs villes d’Allemagne, principalement à Cologne. On a recensé un millier de victimes et autant de harceleurs, qui sévissaient par groupes de 2 à 40. Au début, les médias renâclaient à relayer l’information, parce que les prédateurs étaient majoritairement d’origine maghrébine. Ils ne voulaient pas être taxés de racistes!

Autant il est louable de ne pas mettre «tous» les Maghrébins ou les Pakistanais dans le même panier, si l’un ou plusieurs d’entre eux se comportent mal, se retenir d’en parler pour ne pas alimenter le racisme est malsain. Il est essentiel que la presse de gauche se mobilise, afin, justement, de mettre les faits en perspective. DSK, Weinstein, et les nombreux politiciens, présentateurs de télévision et autres, qui ont été dénoncés récemment, sont des Blancs de culture chrétienne. Les médias ont parlé de leur comportement déviant sans arrière-pensée. Qu’ils fassent de même quand les prédateurs sont d’une autre culture. Ce qui compte, c’est de dénoncer, sans relâche, les pédophiles, les prédateurs, leurs complices, quelle que soit leur origine, d’exiger des procès, de soutenir leurs victimes et non pas de les accabler. Il est aussi capital de comprendre pourquoi, dans toutes les cultures, les femmes sont souvent considérées comme de la viande (certaines publicités occidentales sont, à cet égard, édifiantes). Ce qui compte, c’est la protection des enfants, des femmes et la recherche de la vérité.