Les requérants d’asile déboutés ont déjà assez de problèmes

Genève • La coalition article 12 s’oppose à la décision de Pierre Maudet d’obliger les requérants déboutés à pointer dorénavant à la police de l’aéroport pour obtenir leur aide d’urgence et craint une accélération des renvois.

Le 1er mars, l’Office cantonal de la population et des migrations (OCPM) a instauré une nouvelle obligation pour les personnes à l’aide d’urgence. Outre un pointage régulier (toutes les deux semaines, voire toutes les semaines ou tous les deux jours) dans ses locaux pour obtenir 10 francs quotidiens d’aide d’urgence, il oblige dorénavant les requérants déboutés à se rendre auparavant, dans la même journée, dans les locaux du Service asile et rapatriement de l’aéroport (SARA), pour y obtenir un tampon. Une pratique que dénonce la Coalition article 12 (référence à l’article de la Constitution donnant droit à une aide dans des situations de détresse), qui regroupe une cinquantaine d’associations qui vont du Centre social protestant aux syndicats, en passant par les partis de gauche.

Le 15 mars, elle a écrit au Conseil d’Etat pour dénoncer la nouvelle procédure d’obtention de l’aide d’urgence, mais sans que la situation ne change. Malgré les garanties de Mauro Poggia, ministre de tutelle de l’Hospice général (HG), que l’aide d’urgence serait délivrée même en l’absence des tampons, la coalition a fait part d’un cas de refus. «Ce n’est qu’une semaine plus tard et après plusieurs allers-retours entre l’HG et l’OCPM, que cette personne a finalement reçu 7 jours d’aide d’urgence. Mais 7 jours, sans octroi rétroactif, et sans assurance de ce qu’il adviendra à la fin de la semaine. Cela aussi est inacceptable», critique la coalition.

Motion urgente
Organisant des permanences de la société civile au SARA, la coalition a aussi pointé des dysfonctionnements. «Le mardi 3 avril, alors que les locaux du SARA devaient être ouverts à 7h30, un mot était posé sur la porte annonçant l’ouverture à 10h. La raison? Les policiers chargés de faire le tampon avaient été appelés sur un vol spécial. Ce n’est que suite à une intervention des membres de la Coalition article 12 que l’OCPM a été informé de ce contretemps et a garanti l’ouverture prolongée de ses guichets pour permettre aux personnes concernées d’obtenir le second tampon requis. Aucune information n’avait par ailleurs été transmise aux personnes concernées, contraintes d’attendre 2h30 à l’extérieur de l’aéroport», relève-t-elle dans un communiqué. Face à ces incertitudes, la coalition a organisé un deuxième rassemblement devant l’OCPM ce mercredi.

En outre, une motion urgente de l’Alternative (PS, verts, Ensemble à Gauche) afin que cette nouvelle mesure soit abandonnée sans délai a été déposée cette semaine au Grand Conseil. «Rappelons le caractère profondément dégradant que représente l’obligation administrative pour les migrant-e-s de se rendre à l’OCPM (et à présent à l’aéroport), où ils·elles courent le risque d’être séquestrés puis renvoyés dans un autre pays», insistent les forces de gauche.