Les candidates et les élues au Gand Conseil genevois

la chronique féministe • 32 femmes seront représentées au Grand Conseil genevois, sur 100 places, soit 6 de plus qu’en 2013 (où elles n’étaient que 26). Il est intéressant d’observer l’évolution depuis 1961, première fois que des femmes se présentaient au Grand Conseil après l’introduction du droit de vote féminin sur le plan cantonal...

Il aura fallu attendre le week-end des 21 et 22 avril pour que la Tribune de Genève publie la liste des député-e-s du Grand Conseil genevois, suite à l’élection du dimanche 15 avril. Pour les résultats sportifs ou les mentions et diplômes scolaires, cela va plus vite…

Première constatation: il y a 32 femmes sur 100, soit 6 de plus qu’en 2013 (où elles n’étaient que 26). Il est intéressant d’observer l’évolution depuis 1961, première fois que des femmes se présentaient au Grand Conseil après l’introduction du droit de vote féminin sur le plan cantonal: 8 élues en 1961, 11 en 69, 13 en 1973, 22 en 1977, 25 en 1985, une trentaine en 1989, 36 en 1993 et 1997, puis une plongée de 24 ans en arrière en 2001: 23 femmes seulement, une trentaine en 2005, 28 en 2009, 26 en 2013 et 32 en 2018.

Ces chiffres montrent que le nombre de femmes élues au Grand Conseil genevois depuis 1961 a d’abord régulièrement progressé jusqu’en 1993 (malgré un recul en 1981), où l’on arrive à 36 élues, soit un peu plus du tiers des 100 député-e-s. Une proportion significative, qui compte dans les décisions, comme l’ont démontré plusieurs études. On pouvait alors se dire que, peu à peu, les femmes arriveraient «naturellement» à la parité, ce qui représente un idéal d’équilibre. Hélas, il semble que, dans ce domaine comme dans bien d’autres, les femmes se heurtent au «plafond de verre». Il est donc illusoire de penser, comme l’affirme Jacques-Simon Eggly (omniprésent sur la chaîne de télévision régionale Léman Bleu, dimanche 15 avril, lors des premiers résultats) et d’autres réactionnaires, que les femmes obtiendront la parité sans qu’il soit nécessaire de prendre des mesures. Certes, JSE se montre «galant» envers les dames, mais ce n’est pas pour autant qu’il leur reconnaît le droit d’être aussi présentes que les hommes dans les instances politiques.

Dans un schéma publié le 18 avril par la Tribune de Genève, qui donne la proportion d’hommes et de femmes au Grand Conseil depuis 1961, on voit la courbe bleue des hommes et la courbe rouge des femmes. Logiquement, la bleue descend au fur et à mesure que la rouge monte, elle chute même vers les 60% en 1993 et 1997, quand les femmes obtinrent 36% des voix. Si l’on veut davantage de femmes, il faut que ces messieurs se poussent… On peut comprendre que les mâles se sentent fragilisés par la progression des femmes, menacés dans leur volonté de pouvoir, voire dans leur virilité.

Il y a une relation de cause à effet entre le nombre de candidates portées sur les listes et le nombre d’élues. Depuis des décennies, les Verts, le PS et EàG proposent à peu près autant de femmes que d’hommes sur leurs listes, en alternance homme/femme ou femme/homme, ce qui est fondamental. Car si les femmes sont reléguées en queue de liste, elles n’ont aucune chance d’être élues.

Il est intéressant de se pencher sur les listes de candidat-e-s des partis et les résultats issus des urnes. EàG proposait 68 noms, dont 32 femmes, soit la quasi-parité. Il a obtenu 9 sièges, dont 3 femmes, alors qu’il y en avait 4 jusqu’à la 9e place. Hélène Ecuyer (PdT), 9e, a giclé, tandis que Pierre Vanek, 26e sur la liste, et Jean Batou, 37e, ont passé. 33% de femmes élues. Les Verts (35 candidates sur 76) obtiennent 7 femmes sur 15 élus, le même nombre que jusqu’à la 15e place, soit près de la moitié. Mais ce ne sont pas nécessairement les 7 premières qu’on retrouve. Le cas de Delphine Klopfenstein Broggini étonne: elle était placée 74e sur la liste et obtient la 13e place. Elle doit avoir plein de «followers» sur les réseaux sociaux. On est près de 50% de femmes. Le PS (19 candidates sur 54, mais alternance femme/homme jusqu’à la 17e place) obtient 17 sièges, dont 8 femmes, il y en avait 9 parmi les 17 premiers noms sur la liste. C’est Helena Verissimo de Freitas qui a giclé, «notre» Helena, ancienne présidente de Gauchebdo. Elle ne figure pas non plus dans les viennent ensuite. On passe donc d’un peu plus de 50% à un peu moins de 50%.

Le PLR (26 candidates sur 80) détient le record avec 28 sièges, dont 8 femmes, il y en avait également 8 parmi les 28 premiers noms, 5 sont restées, la 74e, Véronique Kämpfen, a passé. On arrive à 29% de femmes. Le PDC présentait 76 noms, dont 24 femmes, il obtient 12 sièges, dont 4 femmes, le même nombre et les mêmes que sur la liste parmi les 12 premiers noms. 33%. L’UDC a 8 sièges, dont aucune femme! Il fournissait un nom de femme en 13e place, et reléguait 9 femmes au-delà de la 28e (sur 47). La non-représentation féminine n’est donc pas une surprise! Il est vrai que pour l’UDC, restée bloquée à l’adage «Kinder, Kirche, Küche», la place des femmes est à la maison. Etant donné le machisme et le sexisme de ce parti, on peut se demander pourquoi des femmes y adhèrent, voire le représentent au niveau national, comme Céline Amaudruz depuis 2011. Le MCG, avec l’arrogance qui le caractérise, a proposé pas moins de 100 noms, soit la totalité des sièges disponibles (!), dont 28 femmes. Il en a finalement obtenu 11 (9 de moins qu’en 2013, une jolie déculottée), dont 2 femmes (il y en avait 3 parmi les 11 premiers de la liste), soit 18%.

Genève en marche, malgré le million de francs dépensés en publicité sur le cul des bus et en pleines pages de journaux, n’a pas atteint le quorum (7%) avec un peu plus de 4% des voix et disparaît de l’horizon. Il n’avait présenté que 10 femmes sur 40 noms (25%), une seule dans les 7 premiers.

Parmi les autres partis qui n’ont pas atteint le quorum, la liste «Egalité et équité» présentait 8 femmes sur 15, un peu plus que la parité, fidèle à son adage; les Vert’libéraux, 3 femmes sur 16, le PBD 2 sur 15, La liste pour Genève 7 femmes sur 17, mais avec alternance femme/homme jusqu’au 14e nom, la liste «Femmes», comme son nom l’indique, présentait uniquement des femmes: 19. Ce petit parti, avec ses petits moyens, a obtenu plus de 3%, presque aussi bien que GEM!

Depuis l’introduction du droit de vote et d’éligibilité, en 1960 à Genève, 1971 au plan national, les femmes, pourtant de plus en plus nombreuses à se présenter (il y a chaque fois plus de candidates que de sièges), représentent entre un quart et un tiers des sièges, ce qui est non seulement injuste mais nuit au bon fonctionnement des institutions. La Suède, qui a imposé des quotas, parvient à 46% de représentation féminine.

Les femmes n’obtiendront le nombre de sièges qui leur est dû que si l’on prend des mesures en amont. La plus simple serait d’imposer le même nombre de candidates que de candidats sur les listes, en alternance. L’exemple des Verts et du PS, qui l’appliquent, montrent qu’ils obtiennent ainsi la quasi-parité. Les femmes ont généralement à cœur de faire avancer les dossiers. Un Grand Conseil comprenant 50 femmes deviendrait enfin efficace!