Les femmes en mode combat pour le 1er Mai

Suisse • Pour le 1er Mai, l’Union syndicale suisse (USS) réclame que l’égalité homme-femme soit enfin garantie, mais les revendications pour un salaire minimum à Genève ou une meilleure répartition des richesses tiendront aussi le haut du pavé.

«L’égalité salariale. Point final!» C’est sous ce leitmotiv que se déroulera la Journée internationale des travailleurs en Suisse. «Depuis 1981, notre Constitution exige l’égalité entre femmes et hommes, dans le monde professionnel aussi. Depuis 1996, la loi sur l’égalité exige un salaire égal pour un travail de valeur équivalente. Et maintenant? Les salaires des femmes ont toujours du retard sur ceux des hommes. Et 40% des différences de salaires ne peuvent pas s’expliquer objectivement: elles découlent de discriminations En moyenne, les femmes reçoivent chaque mois 600 francs de moins que les hommes», souligne ainsi l’USS dans son Appel du 1er Mai.

Un projet minimaliste rejeté
Fin février, les sénateurs ont d’ailleurs infligé un nouveau camouflet aux femmes, en renvoyant en commission la modification de la Loi sur l’égalité, visant à imposer aux entreprises une obligation de transparence salariale. Pourtant, le projet de Simonetta Sommaruga était minimaliste et le moins interventionniste possible. Il prévoyait seulement d’obliger certains patrons à analyser tous les quatre ans les salaires dans leur entreprise et à faire contrôler ce travail par des tiers, les entreprises devant ensuite informer leurs employés des résultats des analyses. Cet autocontrôle interne ne devait concerner que de sociétés de plus de 50 employés (soit moins de 1% de l’ensemble des entreprises) et ne proposait aucune sanction dissuasive. «Le fonctionnement de l’égalité salariale sur base volontaire a clairement échoué, la réalité le démontre au quotidien. L’effort administratif du projet de modification aurait été minime et nombre de variantes différentes ont déjà été discutées en Commission. Le manque d’arguments démontre la volonté des élus de droite: jouer la montre et repousser la mise en œuvre de mesures pour l’égalité salariale», relevait le PSS le jour du renvoi.

L’exigence d’un contrôle étatique, impliquant aussi les syndicats dans le cadre de commissions tripartites, afin de vérifier si la loi sur l’égalité est bien appliquée reste donc d’actualité. De même que celle de mettre en place des sanctions, en cas d’abus. Une manifestation nationale est prévue à Berne le 22 septembre pour exiger ces mesures.
Il conviendrait aussi de simplifier les procédures judiciaires liées à la discrimination à raison du sexe. Le fardeau de la preuve incombe à la partie demanderesse, qui doit rendre la discrimination vraisemblable. De surcroît les travailleuses ne sont protégées d’un licenciement que durant 6 mois après le début de la procédure. «Entre 2004 et 2015, les travailleuses qui ont déposé une plainte LEg ont perdu 76% des procédures juridiques pour inégalité salariale et 83% de celles pour harcèlement sexuel. Pire, 80% des plaignantes ont perdu non seulement le procès, mais aussi leur emploi», relevait d’ailleurs l’association Feminista à l’occasion de la journée des femmes du 8 mars.

Un salaire minimum pour lutter contre les discriminations
Outre ce combat et dans le sillage des cantons de Neuchâtel, du Jura et du Tessin, les syndicats genevois mettront au centre des revendications l’instauration d’un salaire minimum de 23 francs par heure, objet d’une initiative. «L’introduction d’un tel salaire légal permettrait un pas en avant vers plus d’égalité salariale entre femmes et hommes, en revalorisant la rémunération des métiers féminisés», estime la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS), qui rappelle que les femmes forment les deux tiers des salariés qui touchent moins de 4000 francs par mois dans le canton.

A Lausanne, l’Union syndicale vaudoise (USV) revendiquera une meilleure répartition des richesses en Suisse. «Les dernières statistiques de la répartition de la fortune (2014) indiquaient que, en Suisse, 0,28% de la population possédait 30% des richesses. Fin 2017, la Suisse comptait près de 53’000 multimillionnaires contre 47’000 un an auparavant, soit 13% d’augmentation, alors que les salaires des gens «normaux» stagnent et que la Confédération et les Cantons préparent de nouveaux cadeaux fiscaux pour les entreprises», dénonce l’USV. Elle en appelle à défendre «les 99% qui triment contre les 1% qui friment». Deux cents ans après la naissance de Karl Marx, cent ans après la grève générale de 1918 et cinquante ans après Mai 68, les manifestants de la journée internationale des travailleurs pourront aussi s’inspirer des luttes d’antan à l’occasion de ce 1er Mai 2018.