La chaleur et le corps des femmes

Chronique féministe • Cet été fut particulièrement éprouvant du point de vue de la chaleur. Quand la température dépassait les 32°, je me sentais limace, l’après-midi, et n’arrivais rien à faire de constructif.

Cet été fut particulièrement éprouvant du point de vue de la chaleur. Quand la température dépassait les 32°, je me sentais limace, l’après-midi, et n’arrivais rien à faire de constructif.

Il a aussi été chaud du point de vue politique.

Le 19 juillet 2018 éclatait l’affaire Benalla. Macron n’aura pas pu profiter de la victoire des Bleus en championnat du monde de football, quatre jours auparavant, lui qui avait monopolisé l’équipe dans les jardins de l’Elysée pour se faire photographier avec elle, aux dépens du public qui avait attendu pendant des heures, sur les Champs Elysées et dans la chaleur, pour voir passer les héros. L’affaire Benalla fut d’ailleurs mal gérée par le président de la République, qui a montré trop de mansuétude envers le bastonneur, et par son entourage, qui n’a pas su endiguer la vague du scandale, puis qui a montré peu de courage lors des interrogatoires de la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale. Gérard Collomb y fut particulièrement minable. Une tache sur le beau costume d’Emmanuel Macron. La piscine de Brégançon, où le couple présidentiel passa deux semaines de vacances, fit quelques vaguelettes, Macron fit savoir qu’il travaillait pour la République en téléphonant tous azimuts.

A son retour, il prit en pleine figure la démission de son ministre de la révolution écologique, le très populaire Nicolas Hulot qui, impuissant en face des intérêts économiques, ne voulait plus se mentir. Ce qui en dit long sur le manque d’engagement du gouvernement concernant la question qui devrait préoccuper tous les dirigeants : le réchauffement climatique. Selon Nicolas Hulot, et bien des experts, la Terre deviendra une fournaise, les catastrophes naturelles se multiplieront et seront de plus en plus violentes, l’eau potable manquera, les villes côtières s’enfonceront sous l’eau (notamment Pékin, Shanghai, Hong Kong, Mumbai, Hô Chi Minh-Ville, Tokyo, Manille, New York, Los Angeles, toute la baie de San Francisco, Rio, Buenos Aires, Alexandrie, Dakar, Le Cap, Istanbul, Venise, Londres, Bordeaux, Stockholm, Copenhague, Bruxelles, Barcelone, Lisbonne, Thessalonique, St-Pétersbourg, ainsi que toute la côte méditerranéenne)… Mais les gouvernants regardent ailleurs, puisque seul comptent pour eux la durée de leur mandat et la possibilité de leur réélection.

A Genève, le 8 août, cinq femmes furent tabassées par une bande de «mecs de cité», français, bien machos, qui leur ont même donné des coups de pied à la tête une fois qu’elles étaient à terre. Un demi-millier de personnes, choquées par cet événement, ont exigé, dimanche 12 août, en fin d’après-midi à Lausanne, Berne, Bâle et Zurich, la fin des violences faites aux femmes.

Et voilà qu’éclate un autre scandale. le brillant Pierre Maudet, responsable des affaires sécuritaires et président du Conseil d’Etat genevois, a menti à propos de son voyage à Abu Dhabi en 2015. Le 30 août, le Ministère public décide d’ouvrir une instruction contre son ex-chef de cabinet et veut aussi entendre Monsieur Maudet «en qualité de prévenu d’acceptation d’un avantage» mais le Grand Conseil doit lever son immunité, ce que souhaite l’ensemble de la classe politique, ainsi que l’intéressé lui-même. Drôle de rentrée…

Le 25 juin, dans ma chronique, j’expliquais que deux femmes avaient été amendées pour avoir dessiné un clitoris à la craie sur le sol. On apprenait, début août, que les amendes avaient été supprimées. Les petites victoires se savourent avec plaisir.

Mais on n’en a pas fini avec le corps des femmes. Durant un match de l’US Open, Alizé Cornet s’est mise à l’écart pour changer de t-shirt, laissant apparaître un soutien-gorge bien enveloppant, de ceux que portent les sportives. Mais c’en était trop pour l’arbitre, particulièrement pudibond, qui l’a sanctionnée d’un avertissement. Sous pression, l’US Open a invalidé la décision.

La veille, Timea Bacsinsky, pour un changement de robe, a été emmenée par une officielle dans des toilettes publiques, puis dans un placard à balais, enfin dans une salle des urgences !

Serena Williams (23 titres de Grand Chelem en simple, mieux que les 20 de Roger Federer !) a subi des propos injurieux à propos de la tenue moulante qu’elle portait à Roland-Garros. Notamment de la part de Bernard Giudicelli, président de la Fédération française de tennis. Pour répondre, elle a mis un tutu à l’US Open !

Bien assis sur leur siège pendant les pauses, les hommes, eux, peuvent sans autre enlever leur t-shirt mouillé, essuyer leur torse poilu, sortir un maillot sec de leur sac et l’enfiler sans que cela ne suscite la moindre réaction. Mais si c’est une femme, même dos au public, on crie à l’atteinte aux bonnes mœurs ! Molière faisait déjà dire à Tartuffe, au 17e siècle : « Cachez ce sein que je ne saurais voir ! » (alors qu’il matait, le salaud !). Les seins sont considérés comme « partie intime » du corps des femmes, qui doivent être couverts. A certaines périodes, les épaules et les jambes des femmes étaient aussi considérées comme des parties intimes qu’il fallait cacher. C’est d’ailleurs encore le cas dans de nombreux pays musulmans. Mais en Occident, les normes ont évolué, les femmes peuvent sortir nu-tête et légèrement vêtues, surtout quand il fait chaud ! Et la révolution sexuelle d’après Mai 68 a eu notamment pour effet que les femmes peuvent désormais bronzer seins nus dans les piscines et sur les plages. Même si, récemment, des agents de la police municipale, brandissant un règlement du début du 20e siècle, ont voulu amender des femmes qui se baignaient seins nus dans le Rhône.

Ces faits mettent en lumière les discriminations et le poids qui pèsent encore sur le corps des femmes. On veut partout le contrôler. Il est paradoxal de considérer comme «sale» ou «une offense à la morale» la poitrine féminine, qui sert à nourrir le bébé, ce dont la majorité des humains a bénéficié. Ces réactions machistes sont un outrage à la liberté individuelle.

Je conseillerais aux joueuses de tennis (et d’autres sports) de s’entendre pour défier ces interdits d’un autre âge, et de se changer tranquillement, comme le font les hommes, au vu et au su de tout le monde. Elles pourraient même écrire sur leur peau, d’après les actions des Femen : «Mon corps m’appartient».