“Le pays est une prison à ciel ouvert”

Asile • Tedros Eyasu est président de l’Association Suisse-Erythrée pour l’entraide (ASEPE), basée à Genève. Interview.

Dans le courant de l’été, un accord de paix a été annoncé entre l’Ethiopie et l’Erythrée. Va-t-on vers un changement démocratique du régime de Isaias Afwerki ?

Tedros Eyasu Non, le pouvoir va rester arbitraire. En Erythrée, il n’existe ni parlement, ni constitution. Des gens sont emprisonnés sans raison. Toute manifestation est interdite. Il n’existe aucune participation du peuple. Le pays est une prison à ciel ouvert. La jeunesse n’a aucune perspective du fait qu’il n’y a aucune alternative politique. Les accords de paix ont été signés sur l’initiative du nouveau premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed et sous l’influence des pays arabes, pour qui notre pays est stratégique dans la région, du fait de son positionnement sur la mer Rouge en face du Yemen. Nous ne voulons pas être les jouets de ces manigances. Il faut savoir que les raisons même de la guerre initiée dès 1998 – à part un problème de délimitation de frontière- n’ont jamais été expliquées à la population, alors que celle-ci a toujours été en faveur de la paix, du fait que les Ethiopiens et Erythréens sont très proches, avec de nombreuses familles métissées. Les militaires au pouvoir – dont le président Isaias Afweki qui occupe le devant de la scène depuis plus de 50 ans – sont pires que la mafia.

Suite à des décisions du Tribunal administratif, la Suisse veut revoir le statut de 3’200 requérants érythréens admis provisoire, envisageant même des retours sur une base volontaire pour les déboutés. Comment jugez-vous cette décision du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM)?

Ces changements sont très douloureux et provoquent la peur chez les requérants, qui jusqu’à présent avaient pu obtenir des permis provisoires ou des permis B qui leur permettaient de vivre tranquillement en Suisse et d’envisager enfin un futur. Ils sont aussi injustes, car la situation en Erythrée n’est pas stable. Tout peut changer très vite. Il faut donc que la Confédération réfléchisse à deux fois avant de mettre ses plans à exécution. D’ailleurs, si la Suisse reconnaît que les départs ne peuvent être imposés, c’est qu’elle sait que la situation politique est loin d’être normale. Le retour volontaire, sans emprisonnement, n’est envisageable que pour les agents érythréens qui travaillent en Suisse pour le régime.

L’UDC a fait du renvoi des Erythréens un de ces chevaux de bataille. Qu’en pensez-vous?

Il n’a là rien de nouveau. Depuis 27 ans que j’habite la Suisse, je n’ai jamais vu l’UDC faire autre chose que de stigmatiser les étrangers ou les réfugiés lors des votations, sans rien proposer de concret pour le peuple ou pour développer l’économie.