Marlène Schiappa ou la défense des droits des femmes

Chronique féministe • Dimanche dernier, le matin, sur France-Inter, tout en préparant à manger, j’ai écouté l’interview de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes du gouvernement Macron depuis le 17 mai 2017.

Dimanche dernier, le matin, sur France-Inter, tout en préparant à manger, j’ai écouté l’interview de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes du gouvernement Macron depuis le 17 mai 2017. Une sacrée tchatche, la Schiappa! Elle a une énergie à renverser les murs et, malgré quelques questions perfides des journalistes, a réponse à tout. On se réjouit qu’une pareille conviction soit mise à la défense des droits des femmes, on a l’impression, en l’entendant énumérer tout ce qu’elle a déjà entrepris et va entreprendre, que les choses vont enfin bouger.

Mais qui est Marlène Schiappa? Née en 1982 à Paris, elle obtient une licence en communication puis un master en lettres modernes. En 2007, elle démissionne de son poste chez Euro RSCG (agence de pub dont Vincent Bolloré est le président du conseil d’administration depuis 2005 et devenu Havas worldwide, ndlr), afin de s’occuper de sa fille, et s’établit à son propre compte. Elle réalise cependant les difficultés de conjuguer sa vie professionnelle et familiale et crée le réseau Maman travaille, en 2008, qui connaît un rapide succès (environ 8’000 visiteurs par jour, plus de 8 millions de visites depuis sa création). Parmi les 10 propositions portées par l’association auprès des entreprises et des responsables politiques, la première concerne l’allongement et le meilleur paiement du congé paternité. Elle organise des journées Maman travaille, ainsi que des ateliers et des conférences.

Marlène Schiappa est l’auteure de chroniques et d’ouvrages sur l’égalité entre les femmes et les hommes, et sur la sexualité, notamment Plafond de mère. Les mécanismes qui freinent la carrière des femmes, Le Deuxième sexe de la démocratie, Où sont les violeurs ? Essai sur la culture du viol, premier essai en France sur la culture du viol.

En 2013, Europe 1, Le Parisien et Frenchweb l’ont classée en 6e position du Top 100 des personnalités qui font le web, dans la catégorie «Influenceurs sociétaux».

En mars 2014, elle devient adjointe au maire du Mans, chargée de l’égalité, de la lutte contre les discriminations et de la charte LGTB; en mars 2016, elle fait partie du cabinet de Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes.Dans le cadre de l’élection présidentielle de 2017, elle s’engage derrière Emmanuel Macron, dont elle devient l’une des 100 délégué-e-s sur le territoire. Le 17 mai 2017, elle est nommée secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes dans le gouvernement Edouard Philippe. Elle prépare un projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles, qui prévoit notamment de verbaliser le harcèlement de rue, d’allonger la prescription des crimes sexuels sur mineurs et de créer une présomption de non-consentement pour les enfants. Il inclut le cas des hommes et des garçons ayant subi des fellations forcées ou ayant été contraints de pénétrer l’auteur du viol.L’action de son ministère est l’objet d’une médiatisation importante, notamment grâce à l’affaire Harvey Weinstein et aux mouvements#MeToo et #BalanceTonPorc.

Un itinéraire impressionnant. Elle défend des causes justes: l’égalité entre les femmes et les hommes, notamment salariale, la promotion du congé parental, la multiplication des crèches, la lutte contre le harcèlement sexuel et les violences. Il semble que tout le monde devrait adhérer à ces combats et aux valeurs qu’ils sous-tendent. Eh bien non. Dès qu’on parle d’égalité des droits, qu’on promeut la liberté des femmes, on suscite des réactions agressives, voire violentes, de la part d’un certain nombre d’hommes, comme de femmes, d’ailleurs. Parce que cela remet en cause les schémas sur lesquels fonctionnent les sociétés depuis la nuit des temps. Des mâles se sentent fragilisés par les revendications féministes, atteints dans leur virilité. Dans cette interview, Marlène Schiappa disait qu’elle recevait quotidiennement des dizaines d’insultes, menaces, et menaces de mort.

En dehors de la maternité, les femmes ont toujours été niées, interdites d’instruction, privées de droits. Et quand, malgré tous les obstacles dressés devant elles, certaines devenaient de grandes artistes ou scientifiques, elles étaient critiquées, rejetées, oubliées. La liste est longue, je vous renvoie au Dictionnaire universel des créatrices en 3 volumes, ed. des femmes, 2013. Certes, le droit de vote qui leur a finalement été accordé au 20e siècle (en 1971 en Suisse) a été le commencement d’une libération plus large. Les femmes, désormais, peuvent accéder à toutes les études et toutes les professions. Mais les fondements sur lesquels se sont construites les sociétés persistent, au moins dans l’inconscient.

Beaucoup d’hommes ne supportent pas que les femmes «empiètent» sur leurs domaines. Avoir une femme cheffe est, pour certains, un supplice. Des hommes de tous les milieux exercent leur pouvoir sur leur femme pour les opprimer, les soumettre, en exerçant une violence psychologique et physique. Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Au travail règnent le mobbing et le harcèlement sexuel. Les suites de l’affaire Weinstein ont montré que le harcèlement sexuel envers les jeunes comédiennes relève d’un véritable système, qui sévit aussi dans d’autres professions.

Si les femmes se révoltent, parlent, portent plainte, elles se retrouvent seules, vilipendées non seulement par le harceleur, mais par les collègues, hommes et femmes, la hiérarchie, la société… Les procès, quand ils aboutissent, sont de nouvelles épreuves, les harceleurs et violeurs rarement punis, ou si peu. Comme si des pans de la société ne supportaient pas que les femmes «sortent du rang», parce que cela remet en cause sa base même. Je suis persuadée que l’agression qu’ont subie récemment les cinq femmes à Genève, en sortant d’une boîte de nuit, relève de ce réflexe de défense. Comme les vociférations de Trump. Combien de temps faudra-t-il encore pour que tous les humains soient respectés?

En attendant, nous pouvons aller manifester à Berne samedi 22 septembre. Plus nous serons nombreux et nombreuses, mieux nous nous ferons entendre.

 

Manifestation nationale pour l’égalité et contre les discriminations samedi 22 septembre, 13h30, à Berne. Un train spécial et gratuit partira de Genève à 11h02 et s’arrêtera à Nyon, Morges, Lausanne et Fribourg. Arrivée à Berne à 13h34.