Alternatiba, le village qui résiste encore

Genève • Le Village des solutions alternatives pour le climat, Alternatiba Léman organise sa quatrième édition en fin de semaine au Parc des Bastions. Avec quels enjeux?

«Le but d’Alternatiba consiste à proposer de solutions immédiates et concrètes pour répondre aux changements climatiques, tant à l’échelle très locale que translocale», souligne Antonin Calderon. (Christine Viale)

Lancé en 2013 à Bayonne par l’organisation écologiste basque Bizi!, le mouvement citoyen Alternatiba pour le climat et la justice sociale a, depuis cette date, essaimé en Europe. En 2015, il a connu une forme d’apogée, avec l’organisation de nombreux villages des alternatives dans tout l’Hexagone, en Belgique, en Espagne ou en Suisse, afin de peser sur le cours de la Conférence des parties sur le climat (COP21), qui se tenait à Paris. «Notre but consiste encore à proposer de solutions immédiates et concrètes pour répondre aux changements climatiques, tant à l’échelle très locale que translocale. Un moyen efficace pour cela est d’utiliser l’outil qu’est une monnaie complémentaire pour développer et renforcer l’économie sociale et solidaire (ESS) et servir de porte entre l’ESS et l’économie plus classique, toujours dans une optique d’amélioration des pratiques environnementales et sociales», résume Antonin Calderon, membre du comité de la manifestation et porte-parole de la monnaie sociale et écologique le Léman.

Au menu de la journée de festivités, des stands, des informations, des animations et des conférences, aussi bien sur l’agriculture de proximité que sur l’éco-habitant, en passant par la consommation responsable, la lutte contre le réchauffement climatique, les nouveaux modèles de solidarité internationale ou les médias alternatifs. «Cette année, nous avons aussi tenu à inviter d’autres faîtières d’acteurs économiques comme la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG) ou la Fédération des entreprises romandes (FER)», précise Antonin Calderon. Des événements pour enfants et les jeunes, notamment des concerts de rock, sont aussi prévus. Un débat sur l’économie est aussi agendé en soirée à Uni-Dufour entre Bernard Friot, ardent défenseur du salaire universel et fondateur du Réseau salariat , Sophie Swaton, spécialiste de la transition écologique et enseignante à l’UNIL et le socialiste René Longet, ancien maire de la ville d’Onex et expert en durabilité.

«Créer des synergies»

Face à l’urgence climatique, relevée encore récemment par 700 scientifiques français qui ont lancé un appel aux dirigeants politiques afin qu’ils passent «de l’incantation aux actes pour enfin se diriger vers une société sans carbone», que pèse un forum annuel alternatif? «Il est clair qu’Alternatiba ne va pas sauver la planète, qui va dans le mur si elle ne stabilise pas la hausse des températures en dessous de 2˚C rapidement. Ce festival, qui voit affluer entre 20’000 et 30’000 visiteurs, sert en premier lieu à conscientiser les citoyen-ne-s consommateurs/trices. Il est aussi un rendez-vous qui permet de réunir tous ceux qui travaillent durant l’année pour la transition écologique (passage du mode actuel de production et de consommation à un mode plus écologique, théorisé par l’enseignant anglais en permaculture, Rob Hopkins, ndlr), en créant des synergies», souligne Antonin Calderon. Il reconnaît cependant que la dynamique du mouvement s’est un peu érodée depuis son grand moment de 2015. «Un festival comme Alternatiba est utile pour faire le point de la situation et peut aussi servir d’étincelle. Actuellement, on voit par exemple apparaître de plus en plus d’épiceries locales, actives dans la distribution de produits agricoles de proximité», relève le socioéconomiste. Cette année, le mouvement international a décidé de miser sur un tour de France cycliste des luttes pour le climat, circuit de 5’000 kilomètres dans toute l’Europe, parti de Paris le 6 juin et qui s’achèvera le 6 octobre à Bayonne.

Dernier défi pour cette manifestation soutenue par des partenaires, qui vont de l’Office fédéral de l’environnement aux communes genevoises, en passant par les Services industriels ou la Loterie romande, celui de ne pas tomber dans l’institutionnalisation. «Nous sommes conscients que ce risque existe et Alternatiba doit continuer à rester une émanation des organisations en entreprises du terrain. Dans le même temps, il faut rappeler que nous avons besoin de partenaires, car organiser un tel événement coûte», conclut Antonin Calderon.