Un navire alternatif s’est amarré au Rhône

Genève • Depuis le 25 août, les militants de «Prenons la ville» occupent le bâtiment Porteous, site de l’ex-STEP d’Aïre au bord du Rhône. Avec comme objectif de faire vivre un lieu alternatif plutôt qu’un projet de prison.

Depuis l’occupation fin août, Porteous est devenu un café et a déjà accueilli de très nombreuses activités. (Magda Ghali)

Depuis plusieurs années, en août se tient une course de radeaux sur le Rhône, qui attire de très nombreux jeunes. Les embarcations, construites de bric et de broc, partent de la Jonction, près du centre de Genève pour rejoindre la cité du Lignon quelques kilomètres plus bas. Mais cette année, les participants ont décidé de s’arrêter en chemin pour partir à l’abordage de Porteous. Ce site est une bâtisse qui surplombe le Rhône, ce qui en fait une proie facile. Très rapidement, les marins d’eau douce se sont transformés en occupants, et plusieurs banderoles ont été posées sur les murs. On peut y lire «Nous construisons un monde sans prisons!». Le bâtiment de Porteous est abandonné depuis plusieurs années et, il y a peu, Pierre Maudet projetait encore de le transformer en prison. Pour les occupants, c’est hors de question. Ce lieu doit devenir un espace culturel autogéré, et pas un lieu carcéral.

Situé à côté des immeubles de la cité du Lignon, ce lieu pourrait accueillir les jeunes du quartier et dynamiser une partie de la périphérie de Genève. Ce d’autant plus que la violente répression contre les lieux alternatifs a réduit drastiquement les possibilités de sortie pour les jeunes des classes populaires. Désormais, il ne reste que quelques lieux accessibles à toutes les bourses. Ouvrir un nouvel espace proche d’un quartier populaire serait un signal fort contre une ville toujours plus chère, où les clubs huppés réservés aux nantis se multiplient.

Depuis l’occupation, Porteous est devenu un café et a déjà accueilli de très nombreuses activités : de l’initiation à la boxe pour les enfants, des cours de premiers secours, des concerts de soutien à diverses luttes, des projections de documentaires ou encore des ateliers d’écriture. Tous ces événements s’organisent de manière autogérée. Une assemblée publique se tient régulièrement pour planifier et coordonner la suite. Le samedi 6 octobre, une grande fête est prévue dès 14h avec une fête foraine et de nombreuses activités ouvertes à toutes et tous.

Plainte sans expulsion

Jusqu’ici, le Conseil d’État n’est pas encore intervenu en force, mais il a porté plainte contre les occupants. Sans pour autant les déloger. Expulser les personnes qui font vivre le lieu semble en effet de plus en plus compliqué, car ces dernières ont réussi à obtenir un très large soutien parmi la population et les gens du quartier. De plus, une cinquantaine d’organisations, de syndicats, d’associations et de partis de gauche, dont le Parti du Travail, ont appelé à soutenir les occupant.e.s. Tous demandent la création d’un lieu culturel, plutôt que d’une prison.

 

Deux vidéos des youtubeurs français Usul et Cotentin ainsi que du vidéaste-activiste Vincent Verzat peuvent être visionnés sur le site facebook de Gauchebdo.

Infos complémentaires: www.renverse.co