Une hausse reste une hausse

Suisse • La hausse des primes maladie de 1,2% est critiquée par des conseillers d’Etat romands et la gauche.

Comme chaque automne, le Département de l’intérieur et l’Office fédéral de la santé public (OFSP) ont annoncé à quelle sauce seront mangés les assurés. Pour 2019, la hausse moyenne des primes de l’assurance sera de 1,2%, avec de fortes disparités cantonales. Dans les cantons de Vaud et Genève, les majorations se situeront à 1,8% et 1,4%, alors qu’à Neuchâtel et dans le Jura, elles dépasseront les 2%, avec respectivement 3,1% et de 2,4% d’augmentation. Unique bonne nouvelle, la prime moyenne des jeunes adultes de 19 à 25 ans diminuera, suite à une décision du parlement fédéral. Elle devrait quand même s’élever à 274 francs par mois…

Tout en prenant acte de ces résultats, le Canton de Vaud a rapidement réagi par l’entremise de son ministre de la santé, Pierre-Yves Maillard, qui remet en cause la hausse dans son canton. Le magistrat socialiste considère que celle-ci serait liée aux réserves vaudoises des caisses sont trop élevées, tout comme en 2018. «En fixant l’année dernière le niveau des primes, la plupart des assureurs n’ont pas tenu suffisamment compte de l’effet des mesures destinées à freiner la croissance des coûts mises en place par la Confédération et les cantons, comme la nouvelle tarification Tarmed introduite par le Conseil fédéral, ou la baisse de la valeur du point pour la médecine ambulatoire dans le canton de Vaud. En 2019, les prévisions de bon nombre d’assureurs restent trop pessimistes, et leurs primes trop élevées», explique-t-il dans un communiqué.

Rappelons qu’afin de contrebalancer ces hausses pour les familles modestes et à revenu moyen, ce canton a décidé de plafonner à 10% dès 2019 le poids des primes sur le revenu disponible. Une solution qui fait aujourd’hui l’objet d’une initiative fédérale de la part du PSS (voir page 3). Le magistrat socialiste vaudois déplore aussi la facilité d’ouverture de nouveaux cabinets, qui contribuent à une hausse globale des coûts de la santé.

Si le soulagement prime aussi à Genève, le responsable du dossier, Mauro Poggia, ne cache pas certaines critiques. Comme le ministre vaudois, il estime que les assureurs ont accumulé trop de réserve. Elles sont de l’ordre de 8,4 milliards, soit 3,8 milliards de plus que ce qu’exige la loi. De son côté, Jean Blanchard, secrétaire général du Mouvement populaire des familles (MPF), basé à Genève estime que «cette manne aurait pu servir à annuler la hausse des primes». A côté de forces politiques comme le PdT, l’organisation est actuellement en pleine récolte de signatures pour appuyer deux initiatives fédérales. L’une concernant la liberté d’organisation des cantons, afin de créer, par exemple, des caisses de compensation cantonales pour l’assurance-maladie et l’autre pour interdire aux parlementaires fédéraux d’occuper des sièges dans des conseils d’administration des assurances-maladie. Près de 30’000 signatures ont déjà été récoltées.

A Genève, l’initiative cantonale «Pour une caisse d’assurance maladie et accidents genevoise publique à but social» du Parti du Travail, déposée en 2017, qui vise à créer une caisse maladie publique cantonale vient d’être rejetée par une majorité du Grand Conseil. Ce sera au peuple de se prononcer.

Des subsides en baisse

«De 1996 à 2016, les primes annuelles moyennes à Genève d’un couple avec deux enfants de 18 à 25, qui ont la franchise minimum de 300 francs, a augmenté de 13’200 francs. C’est intolérable», s’enflamme Jean Blanchard. D’autant plus que les subsides aux assurés ne suivent pas. «En 2017, onze cantons ont dépensé moins d’argent pour ces réductions de primes qu’il y a dix années ou ont plafonné leurs subsides comme à Genève», relève le secrétaire général du Mouvement populaire des familles (MPF).

Il considère aussi que le nouveau mode de calcul des primes, basé sur une moyenne par personnes plutôt que sur une prime standard, «biaise» la comparaison possible de cette augmentation «La baisse des primes enfants de 18 à 25 ans réduit artificiellement la moyenne. Si le mode de calcul était resté le même que l’année dernière, la hausse à Genève se situerait autour des 2,5%» explique-t-il encore.

Par ailleurs, le transfert de la médecine stationnaire (prise en charge minimum 24h au sein de l’hôpital) vers l’ambulatoire, défendu par l’office fédéral, ne lui semble pas une solution optimale. «Aujourd’hui, les coûts de l’ambulatoire, qui contrairement au stationnaire, sont à la charge des assurés par le biais de l’assurance maladie, explosent déjà. Ce qui entraîne une hausse des coûts et des cotisations. Ce transfert du stationnaire vers l’ambulatoire peut aussi conduire à une médecine à plusieurs vitesses», prévient Jean Blanchard. «A Berne, il manque une volonté politique pour réduire les hausses de primes. Malgré la publication d’un catalogue d’experts de 38 mesures fin octobre 2017, prescrivant notamment l’introduction dans la LAMal d’un article expérimental permettant de tester des projets pilotes innovants, Alain Berset est trop timide. Travailler sur la réduction des coûts de la santé est positif, mais il ne faudrait pas oublier de trouver aussi des solutions pour réduire les coûts à la charge des assurés. C’est tout à fait autre chose», assène Jean Blanchard.