A la rencontre des villas du style international

Expo • Dans les années 1920-1930, ce style architectural était considéré comme «cosmopolite» et «bolchévique».

Intérieur de l’Atelier De Gandi (PJt)

L’Atelier De Grandi à Corseaux présente une exposition très originale, mise sur pied par des institutions liées à l’EPFL. A travers des plans, dessins, et surtout maquettes, accompagnés de courts textes explicatifs, celle-ci illustre un patrimoine architectural peu connu, le «style international» qui s’est développé pendant l’entre-deux-guerres. De quoi s’agit-il? D’un mouvement conduit par des architectes d’avant-garde, qui rompaient avec le «style national» et avec une architecture surchargée de colonnes, statues, stucs et autres éléments décoratifs jugés inutiles. Ils voulaient des formes pures et rationnelles. La beauté devait naître de la structure elle-même, et non des ornements ajoutés. En outre, ils prônaient des espaces habitables pratiques et ouverts à la lumière.

Ces modernistes ne reçurent que peu de commandes officielles. Dans une Suisse romande alors très conservatrice, le «style international», était considéré comme «bolchevique» et «cosmopolite» (ce terme étant à l’époque souvent un euphémisme pour dire «juif») ! Néanmoins, ils purent construire un certain nombre de villas, commanditées par des familles bourgeoises fortunées et ouvertes à la modernité. C’est sur les villas de la Riviera vaudoise que se concentre l’exposition. L’une des premières fut la villa «Le Lac», construite en 1925 par Le Corbusier pour ses parents. Les travaux – réalisés ou restés à l’état de projets – de plusieurs autres architectes sont visibles dans l’exposition.

Le lieu où celle-ci se déroule, l’Atelier De Grandi, est en lui-même un parfait exemple de cette architecture. Le visiteur en admirera les lignes très pures. La maison d’habitation de la famille, qui était aussi l’atelier du peintre Italo De Grandi, fut bâtie en 1939 par le grand architecte Alberto Sartoris, qui avait déjà conçu la fameuse église de Lourtier (VS) en béton, laquelle fit scandale!

Dans l’exposition, on pourra voir aussi un certain nombre de tableaux d’Italo De Grandi, un artiste trop méconnu, où apparaissent en toile de fond des bâtiments relevant du «style international». Un beau complément à la présentation plus technique des villas. On voit donc qu’en Suisse romande, comme dans toute l’Europe et même sur d’autres continents, des architectes et des peintres ont rompu courageusement avec une tradition sclérosée.

«Habiter la modernité». Villas du style international sur la Riviera vaudoise», Atelier De Grandi, chemin d’Entre-deux-Villes 7, Corseaux, jusqu’au 29 novembre, jeudi à dimanche de 13h30 à 18h.