Femmes en marche

La Chronique féministe • Il semble que, partout, les femmes se mettent en marche! Peut-être est-ce une conséquence des prises de conscience qu’a permis #MeToo.

Il semble que, partout, les femmes se mettent en marche! Peut-être est-ce une conséquence des prises de conscience qu’a permis #MeToo.

La manifestation du 8 mars 2018 fera date en Espagne. De Madrid à Barcelone, en passant par Séville et Bilbao, 5 millions de femmes sont descendues dans les rues. Elles arboraient la couleur violette des féministes espagnoles, pour une manifestation préparée depuis un an.

Un rassemblement gigantesque a paralysé le centre de Madrid. La manifestation a eu lieu dans une ambiance bon enfant, marquée par des chants et des danses tout au long de la journée. Pénélope Cruz, icône espagnole, par solidarité, a laissé son mari s’occuper des enfants. Grâce à cette manif monstre, les femmes ont obtenu un congé maternité et un congé paternité de 14 semaines pour chaque parent, payé à 100%, dont 4 obligatoires.

Le 13 août, fête nationale des femmes en Tunisie, des associations féministes ont organisé des mobilisations importantes pour réclamer une égalité totale au niveau des lois, notamment par rapport au Code tunisien du statut personnel (CSP). Le CSP consiste en une série de dispositions juridiques sur les rapports maritaux entre l’homme et la femme et les questions d’héritage. Or, bien que nous soyons au 21e siècle, les femmes ne reçoivent toujours que la moitié de ce que touchent leurs frères. C’est une règle qui figure dans le Coran, considéré comme sacré, c’est pourquoi il est si difficile d’appliquer l’égalité dans l’héritage. Mais c’est un précepte dépassé. Mahomet voulait donner des droits aux femmes, qui n’en avaient aucun à l’époque. Cela se justifiait puisque, dans le système clanique, les hommes prenaient en charge toutes les femmes de la famille. Aujourd’hui, la famille est généralement réduite aux parents et à leurs enfants. Cette règle est donc obsolète. Il est temps de donner une interprétation moderne au Coran, adaptée à la société d’aujourd’hui, comme l’ont fait depuis des décennies les juifs et les chrétiens pour la Bible.

Au Maroc, les femmes ont manifesté pour les mêmes raisons.A Alger, début juin, environ 300 personnes ont couru 5 kilomètres en signe de solidarité avec Ryma, une jeune femme agressée quelques jours avant dans la rue, alors qu’elle faisait son jogging pendant le ramadan.

En France, la joggeuse Alexia Daval a été assassinée dans la Haute-Saône l’année dernière; des joggings ont également été organisés pour lui rendre hommage et revendiquer le droit de courir en tenue sportive sans subir des injures, voire des agressions physiques.

En Inde, des manifestations ont été organisées en avril, à la suite de la mort d’une Indienne violée. Dans ce pays, on dénombre 4 viols par minute. De New Delhi à Bangalore, en passant par Bombay, des dizaines de milliers d’Indien-ne-s ont défilé dans les rues. Leurs pancartes, barrées de lettres rouges, criaient leur colère: «Mettez fin à la culture du viol, sortez les violeurs du Parlement». Une autre, tenue par un enfant, affichait : «Suis-je la prochaine victime?» Des slogans similaires à ceux apparus après le viol collectif d’une étudiante dans un bus de New Delhi, en 2012, et qui avait entraîné une révolte inédite contre les violences faites aux femmes.Cette fois, ce sont deux crimes, dans deux régions différentes, qui ont semé l’effroi: le viol d’une fille de 16 ans, d’abord, qui aurait été perpétré par un député de l’Uttar Pradesh, puis couvert pendant 10 mois par la police locale. Et surtout, ce terrible viol d’une fille de 8 ans, pendant quatre jours d’affilée, dans la région du Cachemire. Les accusés, des hindouistes, auraient cherché à effrayer les musulmans de la localité par ce crime et ont été soutenus par deux ministres régionaux.

Aux USA, dans de nombreuses villes, des millions de femmes se mobilisent, au nom de la sécurité des enfants, contre le lobby de la NRA (National Rifle Association, qui défend le droit individuel de chaque Américain à posséder une arme et à s’en servir). Elles réclament un contrôle des armes, et veulent pousser les politiciens à prendre une position courageuse avant les élections. Celles et ceux qui se déclarent en faveur d’un contrôle signent leur arrêt de mort politique, tant la NRA est puissante et s’est garantie de nombreux soutiens, en leur versant des centaines ou des milliers de dollars. Parmi les manifestant-e-s, on trouve de nombreux jeunes, touché-e-s par la tuerie dans un lycée de Floride en août, qui a fait 17 morts. «Vous les élus, représentez la population ou partez!», a lancé un lycéen aux membres du Congrès des Etats-Unis, devant 800’000 personnes rassemblées en octobre à Washington entre la Maison-Blanche et le Capitole pour la «March for Our Lives» («Marchons pour nos vies»).

Une récente enquête révèle que 85% des députées aux chambres législatives, en Europe et dans le monde, subissent le harcèlement sexuel, qui va d’attitudes paternalistes, de critiques acerbes sur l’habillement, d’insultes, à des agressions physiques, voire au viol. Au Québec, les élus de l’Assemblée nationale doivent suivre un cours de prévention.

En Suisse, des groupes de femmes préparent la grève du 14 juin 2019, en écho à celle du 14 juin 1991. En effet, on n’a guère avancé en 30 ans: les femmes gagnent toujours 20% de moins que les hommes, leurs retraites en sont gravement diminuées, et nos bons gros Suisses aux bras noueux qui nous «représentent» à Berne refusent toutes les mesures qui favoriseraient l’égalité. En 1991, nous étions 500’000 à faire grève. On peut reprendre tel quel le slogan de l’époque: «Femmes bras croisés, le pays perd pied». Et espérer que nos politicien-ne-s nous entendent ! Les femmes en ont marre de l’immobilisme de ce pays, qui figure parmi les plus riches du monde. Elles veulent, notamment, l’égalité salariale, des crèches en suffisance, un congé parental digne de ce nom (notre pays est la lanterne rouge de l’Europe!), le respect envers les femmes en général et les élues en particulier, qui, elles aussi, représentent le peuple.

Samedi 13 octobre a eu lieu une mobilisation dans toute la France, au Luxembourg et en Suisse, pour sauver le climat. A Genève, 7’000 manifestant-e-s se sont rassemblés, surtout des jeunes. Et ce, afin de sensibiliser l’opinion, les gouvernements, les décisionnaires politiques et les principaux acteurs économiques au problème urgent du réchauffement climatique.

Je fais un rêve: si les hommes et les femmes de bonne volonté organisaient de telles manifestations dans le monde entier, peut-être arriverions-nous à sauver l’humanité..