Les énergies renouvelables suisses menacées

Genève • Producteur, distributeur et vendeur d’électricité dans le canton, les Services industriels de Genève (SIG) s’opposent à une ouverture totale du marché, craignant qu’elle aboutisse à une importation d’électricité sale à bas prix. Interview de Christian Brunier, son Directeur général.

La libéralisation du marché pour les ménages ne garantit pas nécessairement une baisse des prix, estime Christian Brunier, directeur général des SIG (SIG)

La semaine passée, Doris Leuthard a annoncé une procédure de consultation sur la révision de la loi sur l’approvisionnement en électricité avec une ouverture complète du marché de l’électricité. Comment se positionne votre entreprise face à cette ouverture?

Christian Brunier: Notre Conseil d’administration s’oppose à une ouverture complète du marché, qui menace les énergies renouvelables suisses. Michel Balestra, notre Président et ancien leader du Parti Libéral, et moi-même, avons écrit le mois dernier aux élus genevois à Berne, pour leur faire part de nos préoccupations.

Quels sont les points qui ne vous satisfont pas dans cette révision?

Une ouverture complète du marché de l’électricité menace les énergies renouvelables suisses. Aujourd’hui, les vendeurs de charbon – une source d’énergie polluante et dangereuse pour la santé publique – cassent les prix, étant en fin de vie. Cette ouverture est en contradiction avec le tournant énergétique qu’a pris la Suisse. La population suisse, particulièrement attachée à ses barrages, veut du courant propre, favorable à l’environnement. Elle l’a rappelé lors de la votation populaire du 21 mai 2017, en acceptant largement la Stratégie énergétique 2050. Les Genevois, pour leur part, l’ont plébiscitée à plus de 72%. Notre entreprise montre l’exemple en Suisse. Elle livre du courant 100% renouvelable aux ménages genevois. Cette énergie est produite à un tiers par les barrages et centrales photovoltaïques genevois. Le reste est de l’hydroélectricité suisse.

L’ouverture prévoit que les petits consommateurs pourront s’approvisionner sur le marché libre et revenir, s’ils le souhaitent, dans l’approvisionnement de base régulé. Ces garde-fous n’est-il pas suffisant?

Ce système implique de changer régulièrement de fournisseur, mais en gardant le même distributeur d’électrons, puisque les réseaux sont uniques. Cela complexifie les modèles d’affaires. Il est donc, à terme, coûteux. Et ceci, en ouvrant davantage la porte aux énergies fossiles. Est-ce positif? Non, ce n’est que du dogmatisme.

Où en est-on dans l’importation d’électricité européenne en Suisse?

La Suisse vend de l’électricité à ses voisins à certaines heures. Puis c’est l’inverse. Cet échange est indispensable pour l’approvisionnement de nos pays, et intéressant financièrement. Une entente s’impose donc! Toute menace de rupture n’est que baliverne!

Cette part d’électricité européenne va-t-elle s’accroître avec l’ouverture prévue?

L’objectif d’une ouverture complète du marché de l’électricité est d’offrir du courant le meilleur marché aux petits consommateurs. Vu que l’électricité est moins chère en Europe, il est très probable que la part d’électricité européenne s’accroîtra en cas d’ouverture du marché. Mais ce ne sera pas le cas de la qualité environnementale de l’énergie, qui baissera.

Craignez-vous cette concurrence accrue?

En tant qu’entreprise pleinement engagée dans la transition énergétique, nous redoutons une concurrence qui fournirait massivement de l’électricité polluante ou nucléaire à prix cassés. En cas d’ouverture complète, les producteurs suisses d’électricité renouvelable, qui ne cassent pas les prix comme en Europe, seraient en effet exposés à une concurrence déloyale. En comparaison avec les autres grandes villes suisses, nous sommes un distributeur d’électricité compétitif. Nous nous situons dans la moyenne inférieure des tarifs de l’électricité vendue par les distributeurs des grandes villes. Notre entreprise est même la moins chère pour les ménages et PME.