Une association contre l’austérité

Neuchâtel • A La Chaux-de-Fonds, la toute nouvelle association bancal vient d’être créée. Ses buts, basés sur la déclaration universelle des droits de l’homme, visent à lutter contre la précarité.

Les membres fondateurs de Bancal s’intéressent en particulier à l’accessibilité des logements pour les personnes précaires. (DR)

«La création de «Bancal», c’est l’expression d’une forme de révolte. Contre le canton, les institutions et les directions, qui n’ont plus de visée sociale, mais une visée économique pure et de rentabilité. On ne se préoccupe plus du financement pour les affaires sociales, ni du soutien aux plus défavorisés». C’est le constat que pose Eric Laesser, travailleur social et responsable d’un centre d’accueil, lors de l’assemblée constituante de l’association Bancal, le mardi 30 octobre à La Chaux-de-Fonds.

Son envie de bousculer cette tendance l’a poussé à proposer à ses collègues, fin 2016, de monter une association afin d’agir autrement et de sortir de la logique de la confrontation chronique. «Nous avions alors combattu plusieurs propositions de la direction qui visaient à faire des économies. Si nous n’avons pas pu empêcher que les repas jusque-là offerts aux plus défavorisés deviennent payants, nous avons toutefois réussi à proposer de la soupe gratuite».

A partir de là, des réunions régulières se mettent en place entre les collègues indignés. Au début, ils échangent surtout sur les obstacles qu’ils rencontrent dans leur travail, en grande partie liés à l’austérité budgétaire. Fabienne Girardin, également membre fondatrice de l’association, explique pourquoi elle a décidé de participer au projet. «Depuis l’adoption du frein à l’endettement en 2005, les budgets sont déficitaires, et de nombreuses mesures ont été prises pour réaliser des économies, qui ont appauvri toute une partie de la population. Et la situation ne cesse de s’aggraver». Les travailleurs sociaux évoquent ensuite la possibilité de rejoindre un groupe chaux-de-fonnier qui tente de se lancer dans la création de coopératives immobilières. C’est finalement le projet d’association qui prend le dessus. Ses buts, qui doivent être validés se réfèrent explicitement à la déclaration universelle des droits de l’Homme et sont volontairement larges. «Nous voulons englober toutes les réalités de la précarité, que ce soit celle des migrants, des personnes toxico-dépendantes ou encore des familles monoparentales. Nos buts sont généralistes, et visent aussi bien la recherche sur la pauvreté, que le soutien à des coopératives immobilières ou encore à faciliter l’accès aux droits sociaux, notamment via la mise sur pied de canaux d’information. Nous ne voulons exclure aucune activité», précise Eric Laesser.

Les statuts sont adoptés à l’unanimité par l’assemblée constituante, et dans le même esprit, il est décidé de fixer une cotisation d’adhésion abordable, soit 24 francs annuels, afin de n’exclure personne. Pour Eric Laesser, «les personnes défavorisées doivent pouvoir être partie prenante du mouvement et donner leur avis». Au fil de la discussion, il apparaît que le nerf de la guerre, dans un premier temps, sera la recherche de fonds et l’élargissement de l’association à de nouveaux membres, afin de faire connaître ses activités.

Voir émerger des nouvelles solidarités

C’est finalement Benjamin Ravinet, travailleur social depuis 16 ans, qui est élu président de l’association. Comme ses collègues, il considère que l’une de leurs activités principales devra être de porter à la connaissance du grand public les décisions qui sont prises par les autorités politiques ainsi que les conséquences concrètes qu’elles entraînent sur la vie des citoyens. La question des droits humains, comme l’accès au logement, à l’alimentation ou à la santé, n’est pas prise en compte dans les mesures qui sont prises. Celles-ci permettent d’effectuer des économies à court terme. Or, nous souhaitons récolter des données, à partir de témoignages et d’outils statistiques, pour montrer que fragiliser les gens coûte cher à long terme».

L’association a également prévu de déposer une motion au Grand conseil d’ici au début de l’année prochaine, qui demande de trouver des ressources financières auprès des personnes et des institutions qui en ont les moyens, afin de lutter contre la précarité. «En tant que travailleurs sociaux, nous sommes témoins de la dégradation des conditions de vie des plus précaires, explique Benjamin Ravinet. Celles-ci se péjorent, ce qui pose de profondes questions sur la répartition des richesses. La prise en considération des droits humains pourrait inverser la tendance et voir émerger de nouvelles solidarités».