La France insoumise tente de rebondir

France • La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon cherche un nouveau souffle en vue du scrutin européen de mai prochain, après une législative partielle manquée dans l’Essonne et des défections dans ses rangs. (Par Julia Hamlaoui et Audrey Loussouarn, paru dans L’Humanité)

Au lendemain du second tour de la législative partielle à Évry qui a vu Farida Amrani, la candidate France insoumise (FI) sèchement battue, la formation a décidé de maintenir le suspense pour les élections européennes. Alors que les socialistes Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann sont attendus sur sa liste, le verdict final, soumis à un vote en ligne, ne sera connu qu’à l’ouverture de la convention du mouvement le 8 décembre à Bordeaux. D’ici là, les noms des candidats seront dévoilés en plusieurs salves et en commençant par la fin, ont annoncé cette semaine les responsables de la FI. Une mise en scène qui permet au mouvement de Jean-Luc Mélenchon de reprendre la main alors que dimanche, avec une abstention record (83%), c’est le maire d’Évry, ancien bras droit de Manuel Valls soutenu par les maires de droite et LaREM, qui a été élu (59,1%) dans la première circonscription de l’Essonne.

Quelle stratégie entre populisme et ralliement d’anciens socialistes?

Ce n’est pas là la seule difficulté à laquelle doit faire face une France insoumise tiraillée entre sa stratégie populiste réactivée à l’occasion du mouvement des gilets jaunes et le ralliement annoncé d’ex-socialistes. Ces dernières semaines les défections se sont multipliées. La dernière en date: le départ dimanche de Corinne Morel Darleux. Cette figure historique du Parti de gauche quitte la direction de ce dernier après être partie de la FI avant l’été. «Il me semble que la stratégie et les moyens mis en œuvre par la FI aujourd’hui au mieux passent à côté des enjeux, au pire desservent les fins. Dans les deux cas elles me semblent en deçà de l’exigence écosocialiste», explique-t-elle, avant de critiquer «les ‘‘signifiants vides’’ du populisme» et le refus de la «critique interne, même bienveillante». Mi-novembre, Charlotte Girard, responsable du programme de la FI, a, elle, annoncé qu’elle ne partagerait pas la tête de liste pour les élections européennes avec Manuel Bompard, comme prévu. Peu avant, c’était à la championne du monde de kick-boxing et porte-parole de la France insoumise, Sarah Soilihi, d’annoncer son départ pour figurer finalement sur la liste de Génération.s de Benoît Hamon. Une série inaugurée par l’économiste Liêm Hoang-Ngoc, qui, lors de la présentation de la première version de la liste avant l’été, avait «suspendu sa participation» à la FI.

Alors que Manuel Bompard balayait, cette semaine en conférence de presse, la question du départ de Corinne Morel Darleux en la renvoyant au PG, le député Bastien Lachaud, coordinateur de la campagne européenne, insiste sur la «dynamique» des comités d’appui dont le lancement en vue du scrutin de mai a réuni «6’000 personnes». «Cette mobilisation se retrouve dans un ensemble d’indicateurs», ajoute-t-il, citant les «117 réunions publiques» déjà tenues ou «l’augmentation de l’intérêt des citoyens sur les réseaux sociaux». Le dévoilement de la liste et l’entrée en campagne des candidats permettront-ils de pallier le trou d’air de la FI dans les sondages après les perquisitions de mi-octobre et les virulentes réactions qui se sont suivies? A suivre. Pour l’heure, après ses presque 20% à la présidentielle, le mouvement décolle difficilement des 10% d’intentions de vote pour le scrutin de mai prochain. Début novembre, une enquête Elabe lui attribuait 11%, en progression d’un point