Les gilets jaunes peinent à se structurer

France • L’annonce, en début de semaine, de huit porte-parole «officiels» des gilets jaunes ne suffit pas à unifier un mouvement spontané qui s’organise en grande partie sur les réseaux sociaux. (Par Pierre Duquesne, paru dans L’Humanité)

Manifestation des gilets jaunes à Belfort. (Thomas Bresson)

Une dépêche AFP tombe à 7h57. Le gouvernement ne recevra pas les représentants des gilets jaunes «en l’état actuel des discussions». La déclaration est signée Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement. Trois heures plus tard, le ministre de l’Écologie François de Rugy annonce qu’il recevra dans la journée, finalement, des représentants des gilets jaunes à la demande d’Emmanuel Macron.

Pas facile pour l’exécutif de faire face à ce mouvement construit à coups d’événements Facebook. Pas facile non plus pour ce groupe protéiforme, sans la moindre structuration, d’organiser la suite. C’est pourquoi certains d’entre eux ont désigné, dimanche, suite à des vidéoconférences organisées sur le Net, une coordination et huit porte-parole pour «concrétiser les revendications exprimées par des millions de Français».

Les dissensions ont surgi rapidement…

Qui sont-ils? Certains d’entre eux sont des pionniers du mouvement, comme Éric Drouet et Priscillia Ludosky. Cette habitante de Savigny-le-Temple – qui a créé une société de vente en ligne de cosmétiques bio et de conseils en aromathérapie – a lancé une pétition sur Change.org pour exiger «une baisse des prix du carburant à la pompe». Près d’un million de personnes ont depuis signé son texte. Quant au premier, il est chauffeur routier à Melun. Éric Drouet a publié le premier événement sur Facebook appelant à manifester le 17 novembre. Après cette première journée, il se rapproche de Priscillia Ludosky pour lancer un nouvel événement appelant à un «acte II» de la mobilisation.

Les autres porte-paroles ont été désignés en raison de leur implication sur le terrain, mais aussi de leur capacité à fédérer sur les réseaux sociaux. C’est le cas de Maxime Nicolle, par exemple. Cet intérimaire de 31 ans vivant dans les Côtes-d’Armor a créé une page Facebook, Fly Rider infos blocage, qui compte plus de 50’000 abonnés. «On ne sait pas d’où ça sort, on ne sait pas qui l’a désignée», a réagi Tristan Lozac’h, une autre figure des gilets jaunes à Saint-Brieuc. Car les dissensions ont surgi aussi rapidement que ce groupe de porte-paroles «officiels». Si certains affirment qu’ils se rendront à nouveau à Paris samedi prochain, relayant des appels qui se multiplient sur les réseaux sociaux, la délégation, elle, refuse de soutenir publiquement une telle initiative. D’autres encore se sont rués sur les plateaux TV pour dénoncer une coordination illégitime, à l’instar de Benjamin Cauchy. À Toulouse, ce commercial a créé son propre groupe («les Citrons») après avoir été mis à l’écart de la coordination suite à la révélation de son appartenance à Debout la France. Il est aussi passé par le syndicat étudiant UNI et serait proche d’un groupe d’ultradroite local.

Porte-parole «officielle», Marine Charrette-Labadie, jeune serveuse à Brive, se dit «plutôt de gauche», mais son alter ego de Perpignan Thomas Miralles s’est présenté, dans le passé, sur une liste du FN aux municipales au Canet-en-Roussillon. «Une erreur de jeunesse», dit aujourd’hui ce dirigeant d’un cabinet de courtage en crédits immobiliers, âgé de 25 ans. C’est l’un des traits communs de ces leaders: aucun d’entre eux n’a plus de 35 ans. La plupart d’entre eux, qui ont arrêté de travailler pour s’engager à fond dans la lutte, sont autoentrepreneurs, créateurs d’entreprise ou intérimaires. C’est le cas de cinq des huit porte-parole. Qu’ils soient reconnus ou pas, le mouvement risque de continuer. «Ce que dit Macron, c’est de la poudre de perlimpinpin! Il parle depuis son palais, mais ici on a des mères de famille qui viennent nous dire qu’elles mangent une fois tous les deux jours, des retraités qui ne peuvent pas se chauffer et il parle de changer de voiture et de fenêtres!», confiait hier à l’AFP Bruno Herry, 44 ans, employé de pompes funèbres, depuis un rond-point de Trégueux, en Bretagne