Un pape décidément misogyne

L chronique féministe • Le 10 octobre dernier, lors de l’homélie prononcée à l’occasion de la traditionnelle audience de la place Saint-Pierre, le pape François a comparé l’avortement au recours à un tueur à gages.

Le 10 octobre dernier, lors de l’homélie prononcée à l’occasion de la traditionnelle audience de la place Saint-Pierre, le pape François a comparé l’avortement au recours à un tueur à gages. Non seulement on nous sert le sempiternel «respect de la vie», alors qu’il s’agit d’un embryon de quelques centimètres, incapable de vivre en dehors du placenta, mais voilà qu’on nous compare à des meurtrières! Le médecin qui effectuera l’avortement est donc, selon la logique papale, «un tueur à gages». Bravo! Il est à noter que de plus en plus de médecins italiens utilisent le prétexte éthique pour refuser de pratiquer des avortements, abandonnant les femmes à leur détresse.

Selon Le Courrier du 30.11.18, cette déclaration papale a été la goutte d’eau qui fait déborder le vase: des Alémaniques engagées viennent de claquer publiquement la porte de l’Eglise catholique. Cécile Bühlmann, ancienne conseillère nationale verte (LU), Monika Stocker, ancienne conseillère administrative zurichoise, Ruth-Gaby Vermont, membre du Conseil de l’Europe, et deux théologiennes féministes refusent de cautionner davantage un «système clérical fondé sur une misogynie systématique où des hommes d’Eglise célibataires imposent une morale sexuelle inhumaine et déterminent le corps et la sexualité des femmes». Elles relèvent l’incohérence de cette prise de position: «L’Eglise désigne les femmes comme des meurtrières tout en interdisant les moyens de contraception.» Leurs impôts ecclésiastiques iront désormais à des projets sociaux.

Catholique convaincue, Inès Calstas, coordinatrice du pôle solidarités de l’Eglise catholique romaine de Genève, a été profondément choquée par les propos du pape. «Ils dénotent une méconnaissance totale de la question. Le choix d’avorter n’est jamais anodin, je le vois au quotidien. Normalement, l’Eglise ne condamne pas!  Le plus absurde étant qu’en confession, un prêtre donnera l’absolution à une femme qui a avorté.» Elle dit ne pas reconnaître le pape François, qui parle généralement de miséricorde. «Si l’Eglise comptait des femmes dans les instances dirigeantes – je ne parle même pas de la prêtrise –, le pape n’aurait pas pu parler ainsi.» La Ligue suisse des femmes catholiques s’est aussi dite choquée par ces propos, et l’a fait savoir au pape. Sœur Anne-Catherine Egger, auxiliaire d’aumônerie des HUG, ajoute: «La vie est précieuse, sacrée, oui, mais pas à tout prix. Toutes vivent des situations particulières. L’impact de la pauvreté, par exemple, peut être déterminant.»

Quand on voit ces cortèges d’hommes, généralement âgés, en robe grise, noire ou blanche, calotte sur la tête, imbus de leur pouvoir, on se dit qu’ils sont complètement déconnectés de la réalité, de celle des femmes en particulier. Ils ne connaissent rien de la vie, du couple, de la charge d’avoir des enfants, mais ils statuent souverainement sur la sexualité et ses conséquences. A l’exception de la religion protestante depuis quelques décennies, toutes les religions sont misogynes. Il n’y a qu’à observer leur fonctionnement. Les femmes ne peuvent pas défendre leurs droits, comme lorsqu’elles n’avaient pas encore obtenu le droit de vote. On sait où mènent ces interdits: à des avortements clandestins, qui se passent dans des conditions désastreuses pour la santé de la mère.

Le pape François, en l’occurrence, ainsi que les extrémistes qui condamnent l’avortement, font reposer tout le poids de la culpabilité sur les femmes. Comme si elles étaient seules en cause. A part l’exception – par ailleurs discutable – du cas de la vierge Marie, il faut être deux pour provoquer une grossesse. Or, les enragés «Pro-vie» ne parlent jamais des pères. Ils devraient se demander quelles sont les causes qui poussent une femme à envisager un avortement. Beaucoup de jeunes filles le font sur la pression de leur famille. Chez les femmes, les raisons sont la pauvreté, le chômage, l’instabilité conjugale, l’abandon ou l’absence du père, le moment inopportun (études, carrière, notamment), le nombre élevé d’enfants déjà nés.

La décision est difficile à prendre. Finalement, elle regarde les femmes concernées. La religion n’a rien à voir là-dedans. Il est aberrant qu’au nom d’une croyance, l’Eglise catholique, par exemple, veuille intervenir dans la vie des femmes, même des non croyantes. Je suis toujours effarée de constater les stratagèmes qu’utilisent les religions et les dictateurs pour nier les femmes en tant qu’individus autonomes, capables de décider de ce qui est bien pour elles. Sous couvert de préserver la vie, ils ont une obsession: soumettre les femmes à leur destin biologique, sans autre considération. La situation de détresse où se trouvent les femmes qui veulent avorter ne les intéresse pas, ni la future relation qu’une femme contrainte de mener sa grossesse à terme aura avec un enfant non désiré. «La vie est sacrée», point barre, on ne discute pas.

Malheureusement, chez les mêmes moralisateurs, la vie n’est pas sacrée quand il s’agit d’arrêter, torturer, tuer les opposants des dictateurs, d’envoyer des soldats à la mort, d’abuser d’enfants, comme le révèlent les scandales à répétition de l’Eglise catholique. En fait, ce qu’il y a derrière l’interdiction de l’avortement, c’est la peur de l’émancipation des femmes.Aujourd’hui, on dispose de deux méthodes d’avortement: médicamenteuse et par aspiration. La première s’effectue en deux temps: d’abord, la patiente reçoit un médicament, qui bloque l’action de la progestérone, une hormone féminine, et arrête le développement de la grossesse. Elle peut alors retourner chez elle, et revient dans les 36 à 48 heures à l’hôpital afin de recevoir un 2e médicament à base de prostaglandine, qui provoquera les contractions et l’expulsion de la grossesse, généralement pendant l’hospitalisation. Mais après la neuvième semaine de grossesse, il ne reste que l’option chirurgicale pour l’interrompre, car le médicament n’est alors plus assez efficace. La méthode par aspiration dure une dizaine de minutes et ne nécessite qu’une hospitalisation de quelques heures, ce qui permet à la patiente de rentrer chez elle dans la journée.