Une élection fédérale cousue de fil blanc

Suisse • La conseillère nationale valaisanne PDC Viola Amherd et la conseillère aux Etats saint-galloise PLR Karin Kelle-Sutter sont élues comme prévu au Conseil fédéral, en remplacement de Doris Leuthard et Johann Schneider-Ammann.

Le scrutin pour le Conseil fédéral a permis l’élection historique de deux femmes au gouvernement. (Floofy)

«Elle est discrète et compétente et elle privilégiera l’intérêt général. Son élection est bien pour le Valais et la Suisse», s’enthousiasme Mathias Reynard, conseiller national PS valaisan à l’issue du vote sur les ondes de la RTS. Voilà quelques minutes que ce mercredi 5 décembre, sa collègue PDC vient d’être élue par les chambres, au premier tour par 148 voix, alors que la majorité absolue se situait à 121 votes, en tuant tout suspense face à la prétendante uranaise, Heidi Z’Graggen. Il en sera de même avec Karin Kelle-Sutter, qu’on surnomme «la dame de fer de Saint-Gall», qui recueille 154 voix sur 237 bulletins valables. Les commentateurs peuvent entonner leur hymne et célébrer le moment historique de l’élection de deux femmes au gouvernement. Point trop n’en faut cependant: la retransmission en direct du palais fédéral sur la RTS s’éteint définitivement dès 10 heures 20. «Le PS a eu, depuis 1993, toujours au moins une femme au Conseil fédéral. C’est une bonne chose que le PLR commence à prendre exemple», a encore taclé Roger Nordmann, président du Groupe socialiste aux Chambres fédérales dans un communiqué.

Quel est finalement le profil politique des deux élues? Présentée comme une bûcheuse, la licenciée en droit de Brigue, Viola Amherd, que l’on voit sur son site personnel encore en compagnie de Yannick Buttet – ancien conseiller national valaisan, reconnu coupable en août 2018 des délits de contrainte et d’appropriation illégitime – s’affiche résolument au centre-centre. Au parlement, où elle siège depuis 2005, ses sujets de prédilection touchent essentiellement à la politique familiale et à la protection de l’enfant, dans la plus pure tradition PDC. Ou à la défense des régions périphériques, prenant parti pour le maintien du centre de compétence agricole Agroscope ou exigeant plus de transparence dans la stratégie de La Poste. Elle a aussi revendiqué, dans un de ses interventions sous la coupole, une exemplarité des entreprises liées à la Confédération en matière de droits humains. Outre ses différents mandats comme membre de conseil d’administration d’entreprises de transports (BLS, Belalp téléphérique), elle œuvre aussi dans ceux de groupes hospitaliers privés comme GSMN Suisse SA, Genolier ou le Swiss Medical Network Hospitals, mais aussi dans l’association d’entraide Swissaid.

Une libérale pur jus

Recalée en 2010, Karen Keller-Sutter, traductrice puis enseignante de profession, prend sa revanche. Conseillère d’Etat pendant trois mandats au Département de police, la Saint-galloise s’est surtout forgé une image de dureté dans la politique migratoire, avant de devenir conseillère aux Etats en 2011. Elle est une libérale pur jus en matière économique comme l’indique son profil smartvote. Celui-ci montre aussi qu’elle est faiblement favorable à un Etat social fort ou à une politique environnementale ambitieuse. En revanche, elle est plutôt encline à défendre une politique migratoire et une politique des finances restrictives, l’ordre et la sécurité et une société libérale. Ceci explique qu’elle se soit positionnée en faveur de la solution des délais en matière d’avortement. Son dernier fait d’armes réside dans son opposition au projet de réforme des retraites du socialiste Alain Berset (PV 2020) en septembre dernier, critiquant notamment la hausse de 70 francs par mois des rentes AVS pour les nouveaux rentiers. Nous voilà prévenus.

.