Deux candidats pour «les gens d’en bas»

Vaud • Suite à l’annonce du départ de Pierre-Yves Maillard, élu à la tête de l’Union syndicale suisse (USS) du Conseil d’Etat au printemps 2019, deux candidats de la gauche de la gauche se sont lancés dans la course à sa succession. Jean-Michel Dolivo de solidaritéS, soutenu par trois composantes d’Ensemble à Gauche (EàG), représentera la coalition, tandis que le POP sera présent via la candidature d’Anaïs Timofte.

Anaïs Timofte est candidate pour le POP à l’élection complémentaire au Conseil d’Etat vaudois (Christophe Grand)

Mercredi soir, le POP annonçait en effet par voie de communiqué qu’il «avait appris fortuitement la tenue d’une conférence de presse ce jeudi, conviée au nom de la coalition d’Ensemble à Gauche (EàG) – dont le POP fait partie depuis sa création – pour présenter une candidature à l’élection complémentaire au Conseil d’Etat. Or, le POP, ainsi que ses députés au Grand Conseil, n’ont pas été informés de la tenue de cette conférence de presse». Il expliquait également qu’attaché à la consultation démocratique de la base du parti, ses membres se détermineraient dans les prochains jours sur le principe d’une candidature d’EàG, déplorant toutefois qu’une décision unilatérale ait déjà été prise au nom de la coalition.

Réunis en assemblée générale jeudi soir, les militants du POP ont finalement décidé à la quasi-unanimité de lancer leur propre candidate et ont désigné Anaïs Timofte. La vice-présidente du parti cantonal est aussi étudiante et assistante en Science politique à l’université de Lausanne et maman d’une petite fille de six ans. «Nous avons suivi le processus de consultation tel qu’il est prévu par le mode de fonctionnement au sein de notre parti, explique Anaïs Timofte. Le fait de présenter deux candidats de la gauche combative permet de montrer la diversité des profils. Même si le POP rejoint les autres partis d’EàG sur beaucoup de thématiques, nous avons également des différences. Le POP se caractérise par son ancrage local et populaire. Nous ne sommes pas présents qu’à Lausanne, nous avons cinq sections dans le canton de Vaud. Nous n’avons pas forcément non plus les mêmes méthodes».

Selon Anaïs Timofte, les militants du POP ont également exprimé leur volonté de présenter une candidature nouvelle et de chambouler les codes. «Les militants avaient la volonté de présenter une candidature plus jeune et féminine. L’année prochaine sera aussi marquée par des actions en lien avec la place des femmes dans la société, comme par exemple la Grève des femmes. Le POP souhaite avoir des gens qui puissent incarner les idées qu’il défend».

La voix des gens d’en-bas

Jean-Michel Dolivo est quant à lui beaucoup plus critique au sujet de cette stratégie. «C’est tout à fait préjudiciable, pour l’écho de nos propositions, que le POP ne nous ait pas rejoints. La crédibilité de la gauche radicale n’est déjà pas énorme aujourd’hui, sinon cela se saurait. Je regrette cette régression identitaire du POP. A chaque fois que nous avons pu gagner quelque chose, c’est dans l’unité d’action et dans le combat commun de l’ensemble de la gauche radicale, et pas dans l’affirmation de telle ou telle organisation. Pour cette élection, je représente avant tout EàG, c’est une candidature de lutte».

Au-delà de ces divergences de vue, les deux candidats estiment qu’une présence de l’extrême gauche dans une élection à l’exécutif cantonal conserve tout son sens. Ainsi, Anaïs Timofte entend représenter les milieux populaires et les gens qui ont du mal à boucler leurs fins de mois, alors que bien souvent ils travaillent. «Nous voulons faire entendre l’expérience des vrais gens, explique Anaïs Timofte. En tant que femme et maman séparée, je mène de front mes études, mon travail et la vie de parent. La conciliation des différentes sphères de vie est un enjeu primordial pour les femmes».

Pour Jean-Michel Dolivo aussi, la candidature d’EàG – qui se veut une alternative écologiste, féministe, sociale et antiraciste à «la politique néolibérale menée par une majorité dite de gauche» – représentera les gens d’en bas, puisque la coalition entend collaborer avec les mouvements «de la rue» afin d’orienter son action et réaliser ses propositions en faveur de davantage de justice sociale et économique. «Je ne m’appuierais que sur les mouvements sociaux, écologistes ou encore de défense des salariés ou des migrants, pour faire passer nos propositions, comme la gratuité des transports publics, un salaire minimum de 4’500 francs nets ou encore l’arrêt des renvois Dublin et de femmes et d’enfants migrants. Dès lors qu’une politique proposée par la coalition gouvernementale serait en contradiction avec celles-ci, j’assumerais publiquement mon désaccord et ferais en sorte que cela se concrétise dans les faits».

Revendications féministes

Les préoccupations féministes sont également au cœur du programme présenté par Jean-Michel Dolivo, qui revendique la possibilité pour les employées de l’administration cantonale de participer à la mobilisation du 14 juin 2019 en étant payées, ou encore un contrôle plus strict de l’égalité salariale dans les entreprises du canton, avec l’engagement d’inspecteurs supplémentaires. Il propose également que le canton joue un rôle de refuge, en accueillant dans ses propres locaux les requérants d’asile déboutés ou menacés de renvois forcés, l’intégration du temps de transport dans le temps de travail, ou encore le retour à un impôt cantonal sur le bénéfice des entreprises de 16% afin d’atténuer le dumping fiscal.

Pour le POP non plus, la cogestion du pouvoir et les alliances systématiques avec les partis bourgeois ne constituent pas la seule manière d’envisager la politique. «Il est clair que la participation à un exécutif pose certaines questions, mais le principe de collégialité n’est pas inscrit dans la loi», rétorque Anaïs Timofte. Pour la militante aussi, même si l’action de Pierre-Yves Maillard a permis un certain nombre d’avancées, comme le plafonnement des primes d’assurance maladie à 10% du budget des ménages dès l’année prochaine, il ne représente de loin pas la panacée. «Ce type de mesures ne va pas assez loin, et il n’y a pas de quoi être admiratif du compromis à la vaudoise.

Concernant les primes d’assurances maladie, on pourrait proposer que les grosses fortunes contribuent beaucoup plus». Le POP centrera sa campagne sur une série de thématiques comme la défense des services publics, avec l’opposition à tout processus de privatisation du CHUV, un système de santé abordable ou encore une caisse maladie unique, l’accès à des logements à loyers modérés, une écologie qui s’attaque aux gros pollueurs et qui préserve les surfaces agricoles de qualité, ou encore la défense des conditions de travail.