Le budget d’AMLO met l’accent sur le social

Mexique • Le président de gauche revalorise les retraites et les bourses d’études. Il investit également dans des grands projets d’infrastructures publiques. (Par Cathy Dos Santos, paru dans L’Humanité)

Discipline et changement sont les maîtres mots du budget 2019 présenté par Andres Manuel Lopez Obrador. Il table sur une croissance aux alentours de 2% du PIB et une hausse des ressources fiscales de l’ordre de 6,3%. Si c’est loin d’être un budget révolutionnaire – il compte des baisses dans la santé, l’environnement ou encore les sciences –, l’exécutif prévoit néanmoins de s’attaquer à la fracture sociale en se tournant vers les 50 millions de Mexicains qui vivent sous le seuil de pauvreté (44% de la population). La priorité a été accordée aux seniors et aux jeunes, l’immense majorité de ces derniers abandonnant le système éducatif dès le secondaire faute de moyens, selon l’OCDE.

Concernant les retraités, près de 13 millions de personnes de plus de 68 ans aux revenus inexistants ou très faibles percevront une aide de 57 euros mensuels pour un montant total avoisinant les 5 milliards d’euros. La ligne budgétaire consacrée à l’éducation a, elle aussi, été revue à la hausse (+ 3%) avec la création de deux bourses en direction des licenciés (103 euros mensuels) et des étudiants à la recherche de leur premier emploi (168 euros par mois). Le programme «Jeunes construisant le futur» s’étendra à l’ensemble des élèves de l’enseignement moyen et supérieur via un système de bourse de 35 euros mensuels.

L’autre grand chantier ouvert par Amlo, tel qu’on le surnomme au Mexique, concerne les investissements publics dans de grands projets économiques. L’ambition du président est de refonder l’État, en reprenant la main sur la souveraineté économique afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis. Il s’agit là d’un point crucial de son projet de «quatrième transformation» de la nation. D’où l’augmentation du budget consacré à l’énergie (+ 960%) avec la construction et la rénovation de raffineries.

La compagnie nationale pétrolière Pemex bénéficiera également d’un coup de pouce de près de 20 milliards d’euros. Les aéroports feront aussi l’objet d’une grande modernisation pour un montant de 789 millions d’euros. Enfin, mesure hautement symbolique: la construction du train maya de près de 1’500 kilomètres au sud-est du pays, en vue de désenclaver ces régions pauvres et historiquement marginalisées. «C’est un acte de justice», soutient Amlo. Reste à savoir si le leader de Morena (Mouvement pour la régénération nationale) parviendra à stabiliser un pays profondément marqué par les violences. Le budget de la défense, qui connaîtra une hausse de 11%, sera-t-il suffisant pour endiguer la spirale des exactions et l’État de non-droit qui règne dans certaines zones du pays? C’est l’un des défis auquel devra s’atteler Andres Manuel Lopez Obrador durant ses six années de mandat