Deux initiatives pour la bonne santé

Genève • Cette semaine, le Parti du Travail a lancé sa campagne pour défendre ses deux initiatives cantonales soumises au vote le 10 février. L’une veut mettre en place une assurance pour les soins dentaires, l’autre défend la création d’une caisse maladie publique à but social.

Le Parti du Travail entend défendre une santé en mains publiques et un meilleur contrôle des caisses à travers ses deux initiatives. (Carlos Serra)

«Nos deux initiatives visent à promouvoir une santé en mains publiques et à lutter contre sa marchandisation», lance, en préambule Quentin Stauffer un des responsables de la campagne. La première, «Pour le remboursement des soins dentaires», demande que l’Etat mette en place une assurance obligatoire pour les soins dentaires de base. Son financement serait assuré par un prélèvement paritaire (employeur-employé) de 0,25% sur les salaires. Et par la politique sanitaire cantonale, pour ceux qui ne travaillent pas. «Il n’est pas normal que les soins dentaires ne soient pas couverts par l’assurance de base, alors que les traitements bucco-dentaires peuvent grever le budget d’une famille», assène Hélène Ecuyer, conseillère municipale du PdT en ville de Genève.

Pour elle, la mise en place d’une telle assurance permettrait de lutter efficacement contre les causes de nombreuses maladies et infections, en évitant les coûts plus élevés de leur réparation. «Tout le monde est concerné par les problèmes dentaires, de la naissance à la vieillesse, et se soigner les dents ne doit pas être un luxe», poursuit-elle.

«La santé dentaire reste un marqueur social et aujourd’hui, même les classes moyennes ont des difficultés d’accès aux soins. Le tourisme dentaire s’amplifie, du fait qu’un implant coûte en Suisse trois fois plus cher qu’en Italie, en Espagne ou en Hongrie, alors que la tarification des dentistes en Suisse reste opaque», estime Maria Perez, autre élue en Ville de Genève. «Avec cette initiative, nous voulons rétablir un peu de justice sociale et obtenir aussi plus de transparence et de contrôle sur les coûts de soins en Suisse», continue-t-elle.

«Une étude de la fédération romande des consommateurs (FRC) basée sur des patients tests a montré des disparités tarifaires énormes entre cabinets, et aussi un recours trop systématique à des radiographies inutiles», ajoute Jorge Simao, un jeune membre du PdT. Il rappelle aussi qu’une enquête des HUG de 2008 a montré que le renoncement aux soins est clairement lié à des raisons économiques. «Plus le revenu est bas, plus on renonce à se faire soigner», souligne-t-il encore.

Forte de ses 18’500 signatures et du soutien de l’ensemble de la gauche et des syndicats, l’initiative pourrait être acceptée à Genève, estime l’ancien député René Ecuyer, alors qu’une pareille proposition a été refusée par 57% des votants en mars 2018 dans le canton de Vaud. Le parti compte sur une campagne militante et 20’000 francs de budget de campagne pour faire triompher ses arguments face à ses adversaires, dont la société suisse des médecins-dentistes (SSO) et son antenne genevoise.

Caisse publique cantonale

Le deuxième texte du PdT soumis au vote propose que le canton crée une caisse d’assurance-maladie et d’accident à but social, soit une caisse maladie publique. Rappelant que les Genevois, contrairement au reste de la Suisse, à l’exception des cantons de Vaud, Neuchâtel et du Jura, ont soutenu en 2014, par 57% des votants, le projet d’une caisse publique au niveau national. Le parti estime qu’il faut passer désormais par une solution cantonale. «C’est à cet échelon que des avancées comme l’instauration de congés payés, la reconnaissance du suffrage féminin ou la création d’une assurance-maternité ont pu naître», explique Quentin Stauffer. «Il s’agit de redonner du pouvoir aux assurées, alors que celui-ci est confisqué par les assurances privées», continue le jeune militant. «L’Etat, qui dépense aujourd’hui 276 millions en subsides chaque année, pourra avoir un droit de regard sur la caisse», estime-t-il encore. La mise en place de cette caisse permettra aussi de mieux contrôler les réserves des assureurs, soulignent encore les initiants.

«Notre initiative veut inscrire le principe que le canton se dote d’une caisse publique, rien de plus», tient à préciser Tobia Schnebli, conseiller municipal en Ville de Genève, rappelant que la loi d’application sera l’œuvre du Grand Conseil. «Le canton pourrait être précurseur, en favorisant le contrôle public sur la santé, et l’instauration de cette caisse serait conforme à l’article 39 de notre constitution, qui stipule que toute personne a droit aux soins et à l’assistance personnelle nécessaires en raison de son état de santé, de son âge ou d’une déficience», estime l’élu.

Subsides pour la caisse publique

La caisse ne risque-t-elle pas de couler, en attirant les «mauvais risques»? René Ecuyer n’y croit pas. «Aujourd’hui, l’Etat couvre déjà la prime de 20’000 personnes aux prestations complémentaires et celle de 27’000 à l’aide sociale. La création d’une caisse publique fera qu’il allouera ses subsides non plus à des caisses privées, mais à une structure publique», assure l’ancien député.

Pour l’heure, l’argument ne convainc pas les Verts et le PS qui, contrairement aux Jeunes Verts et jeunes PS, ne soutiennent pas le projet. Celui-ci est pourtant défendu par les Vert’libéraux et le Parti bourgeois démocratique (PBD), mais aussi par les syndicats ou le Mouvement populaire des familles (MPF).

Les initiants sont aussi persuadés que la caisse publique offrira des primes moins chères que ses concurrents privés. «Avec des frais de publicité et de dossiers moins élevés, des rémunérations des dirigeants moindres, les coûts de cette caisse iront dans le sens d’une baisse», garantit Quentin Stauffer. «Même si la caisse proposait des primes 5% inférieurs aux autres, je suis persuadé qu’elle peut attirer les patients intéressés par plus de transparence ou un contrôle public de l’assurance», souligne encore Tobia Schebli. Tous en sont convaincus, la caisse ne réglera pas tous les problèmes, mais elle est définitivement un premier pas pour un changement de paradigme dans la santé.