Harcèlement dans les bars

La chronique féministe • En ces périodes de fêtes, vous aurez peut-être envie d’aller dans des bars boire un verre, trinquer à l’année qui se termine ou à celle qui commence.

En ces périodes de fêtes, vous aurez peut-être envie d’aller dans des bars boire un verre, trinquer à l’année qui se termine ou à celle qui commence.

Le Courrier du 12 décembre parle de la charte que signent un certain nombre de bars contre le harcèlement. Les bars de Londres ont commencé en 2016 avec «Ask for Angela». Depuis, les concepts contre le harcèlement dans les bars et les boîtes de nuit se sont multipliés dans les villes suisses, notamment à Genève, Lausanne, Fribourg (Association Mille Sept Sans), Zurich, Winterthur. Le cadre «Aretha» est mis à disposition des bars et boîtes de nuit. Ses objectifs: valoriser le respect mutuel, bannir le harcèlement et les gestes déplacés, encore trop souvent présents dans ces lieux récréatifs. A Genève, La Gravière a lancé «We Can Dance It», concept que la salle neuchâteloise «La Case à chocs» a rejoint dernièrement.

Le lancement officiel de la charte aura lieu le 26 janvier 2019 dans les locaux de «Fri-Son» à Fribourg. Les signataires auront six mois pour être opérationnels, l’adhésion est volontaire.

La procédure de la charte comporte cinq points. Toute personne subissant une forme de harcèlement peut la dénoncer auprès du personnel ou d’un agent de sécurité. Il suffit de dire : «Puis-je voir Aretha?» L’employé-e doit accueillir la personne dans un lieu calme et sûr, écouter le témoignage en ayant une attitude bienveillante. Il ou elle doit poser huit questions prédéfinies:

• Que s’est-il passé?

• Vous sentez-vous en danger?

• Avez-vous besoin d’aide?

• Est-il nécessaire de faire sortir la personne qui vous a importuné-e?

• Souhaitez-vous qu’on appelle un taxi?

• Souhaitez-vous qu’on appelle un(e) ami(e), un membre de votre famille?

• Souhaitez-vous qu’on appelle la police?

• Souhaitez-vous aller à l’hôpital?

Le témoignage recueilli ne doit pas être remis en question, et toute action doit être entreprise avec l’accord de la personne concernée. Il est indispensable que les employé-e-s susceptibles de recevoir une plainte pour harcèlement aient été préalablement formé-e-s. En effet, les agents de sécurité ou les membres du personnel sont souvent démunis et ont tendance à minimiser les faits. La formation consiste aussi à repérer des agissements inappropriés pour pouvoir intervenir. On peut aussi prendre contact avec aretha@milleseptsans.ch

On ne peut que se réjouir de ce genre d’initiatives pour lutter contre le fléau du harcèlement. Il est révoltant que les femmes ne se sentent en sécurité nulle part, ni au travail, ni à la maison, ni dans la rue, ni dans les fêtes, ni dans les bars ou autres lieux de loisirs. J’imagine que pour certains hommes, les femmes qui fréquent des bars sont des proies faciles, pour ne pas dire consentantes. Une certaine forme de publicité, les images de strip-tease ou d’hôtesses faisant boire du champagne au chaland renforcent la vision que les femmes, surtout dans un bar, sont «à disposition». Ne peuvent-ils pas imaginer qu’elles ont, elles aussi, du plaisir à boire un verre après le travail, après un repas ou un film? Comme eux. Sans que leur présence soit a priori considérée comme douteuse.

Un autre danger les guette: le GHB (pour gamma-hydroxybutyrate, aussi appelé ecstasy liquide ou «la drogue du violeur»). Les personnes qui ont bu leur verre en ignorant qu’il en contenait se réveillent le lendemain sans souvenir de ce qui s’est passé. Elles peuvent avoir été volées, violées sans en garder la mémoire. Certains bars mettent en garde contre ce genre de phénomène, par des panneaux ou des campagnes d’affichage.

Les témoignages font froid dans le dos. «Je me suis réveillée samedi à 11 h dans mon lit avec de vagues souvenirs de la soirée. Puis plus rien. A quelle heure étais-je rentrée? Avec qui? Comment? Impossible de me le rappeler. Ça ne m’était jamais arrivé. Mon premier réflexe a été de me dire que j’avais probablement trop bu et d’appeler mes amies pour qu’elles me rafraîchissent la mémoire. J’ai été assez vite rassurée: je suis rentrée avec une amie vers 2 h 30 du matin. En posant plus de questions, j’ai réalisé que j’avais eu un black-out total à partir de 1 h du matin environ. Les anecdotes qu’on m’a relatées sur des choses que j’aurais dites ou faites ne me rappelaient absolument rien.» Son entourage et elle-même en concluent qu’elle a été droguée. «Gros coup de bol, il ne m’est rien arrivé de mal. Par chance, mes amies étaient avec moi toute la soirée et m’ont raccompagnée. Je les en remercie, mais ça aurait pu être pire. Tout ça pour dire: faites attention à vos verres!» avertit la jeune femme. Même si les agents de sécurité ont été sensibilisés au problème et sont très attentifs, de la drogue peut être versée dans un verre rapidement et discrètement. Le GHB n’est pas uniquement utilisé dans le but d’abuser sexuellement de quelqu’un, c’est aussi un moyen bon marché de voler ou abuser des gens au sens large.

Il est légitime, pour une femme comme pour un homme, de se promener, d’aller au restaurant, dans des bars et des boîtes. Les femmes ne doivent pas renoncer à se faire plaisir sous prétexte que cela peut être dangereux. Cependant, étant donné que la société en est encore majoritairement aux coutumes du 19e siècle, je donnerais les conseils suivants. Il vaut mieux qu’une femme ne se rende pas seule dans un bar, mais avec des collègues, des copains ou des copines. Il est plus facile de se défendre à plusieurs. Après avoir commandé une consommation, il vaudrait mieux ne pas la laisser sans surveillance, parce qu’à tout moment, n’importe qui peut y verser une substance. Je suggère que chacun-e ait sur soi une bouteille d’eau, de bière ou autre. En la fermant chaque fois et en la glissant dans son sac ou dans sa poche, le risque est considérablement diminué. Il ne faut naturellement pas non plus laisser son sac hors de sa surveillance. Enfin, demander aux ami-e-s de signaler la moindre attitude inhabituelle et, en cas de problème, ramener le plus vite possible la personne chez elle, après avoir averti un membre du personnel ou de la sécurité. Afin de préserver les autres. Comme on entend, dans le métro parisien, par exemple, que des pickpockets sont présents et qu’il faut faire attention à ses affaires. Là, il s’agit d’intégrité physique. Sans être parano, il vaut mieux prendre ses précautions.

Cela dit, bonnes fêtes quand même, joyeux Noël, bon 31 décembre, éclatez-vous!