Viktor Orban face à ses contradictions

Hongrie • Le premier ministre hongrois, de droite extrême, est confronté à une forte contestation à la suite de l’adoption d’une réforme du marché du travail.(Par Gaël De Santis, paru dans L’Humanité)

Le premier ministre hongrois, Viktor Orban, a beau avoir souhaité un «Noël béni à toute l’opposition et à tout le pays», il ne connaît pas de trêve sociale. Plusieurs milliers de Hongrois ont encore une fois manifesté, samedi, à Budapest, contre sa réforme du marché du travail. Et mercredi, unis, les députés d’opposition de gauche comme d’extrême droite ont juré de «faire de 2019 l’année de la résistance». Les syndicats envisagent désormais d’appeler à une grève générale.

Cette réforme, approuvée le 12 décembre par un Parlement contrôlé aux deux tiers par le Fidesz, le parti national-libéral au pouvoir, fait face à une contestation énorme, y compris en dehors de Budapest, la capitale. Cette «loi de l’esclavage», comme l’appellent les manifestants, autorise les employeurs à contraindre les salariés à accepter jusqu’à 400 heures supplémentaires par an, contre 250 aujourd’hui, ce qui revient, dans certains cas, à instaurer la semaine de six jours. Cerise sur le gâteau, les entreprises auront trois années pour les payer, contre une actuellement.

Dans cette affaire, Viktor Orban, héraut de la lutte contre Bruxelles, opposant numéro un à la politique d’Angela Merkel d’accueil des réfugiés et idole de l’extrême droite européenne, est placé face à ses contradictions. Son gouvernement n’en fait pas mystère: cette loi est faite pour favoriser le patronat allemand, notamment de l’automobile, qui investit massivement en Hongrie. Pour ce, l’impôt sur les sociétés avait d’ailleurs déjà été baissé en 2017, passant de 19% à 9%!

Seconde contradiction: cette loi répond à une pénurie de main-d’œuvre. La politique de casse des droits sociaux et de tapis rouge pour le grand capital allemand, accompagnée d’une émigration des jeunes Hongrois, a permis une baisse du taux de chômage à 3,6%. Orban fait feu de tout bois: le salaire minimum doit croître l’an prochain de 8%. Partisan d’une fermeture des frontières, Orban fait pourtant partie des avocats de leur ouverture aux travailleurs ukrainiens, chrétiens et blancs, à l’inverse des réfugiés venus du Moyen-Orient.

Le premier ministre de droite extrême n’est pas seul à être placé face à ses contradictions. L’opposition l’est tout autant. Bertalan Toth, dirigeant d’un Parti socialiste dont les politiques d’austérité ont servi de rampe de lancement à la victoire électorale de Viktor Orban en 2010 et qui défile depuis, drapeau de l’Union européenne au vent, s’est réjoui, jeudi, de la fédération de l’opposition face à Orban. En Hongrie, le premier parti d’opposition est le Jobbik, formation ouvertement néofasciste qui a obtenu un score de 19% aux élections législatives d’avril 2018.