Du sang sur la Treille

Livre • Le metteur en scène et auteur Dominique Ziegler sort un polar efficace et politique, où rôde l’ombre d’un oligarque mafieux russe sur Genève.

«Il faut lutter dans le cerveau du monstre capitaliste», a dit le Che à un autre Ziegler. Cette mission est celle que va se fixer Christian Bolinski, journaliste tout frais émoulu à La Gazette de Genève. Suite à la mort par balle de Max Salin, journaliste vedette de la publication sur la Treille, l’auteur va piloter son personnage à travers les méandres d’une Genève crépusculaire et remplie menaces, où huiles, politiques et mafieux sont souvent de connivence. Qui est le tueur? Sans déflorer l’intrigue – ce qui ne se fait pas quand on parle de polar – , le roman au rythme haletant va tâtonner entre des personnages aux apparences trompeuses, présentant pourtant comme un air de familiarité avec l’actualité suisse et genevoise, sans que le récit ne soit vraiment un roman à clef.

Il y a ainsi Jean-Christian Gunther, «fils de palefrenier», qui avait transformé en quelques années l’UPP en premier parti de Suisse et en «force xénophobe de première envergure, dynamique et populaire». Son amour immodéré pour Aminata, prostituée africaine aux Pâquis, le perdra et on le retrouvera noyé.

Qui se cachent derrière la nouvelle génération politique qui monte, symbolisée par le nouveau chef de la police Francis Durand, le candidat au poste de procurer, Dimitri Rohs et l’habile politicien de gauche Richard Santander, futur Conseiller d’Etat? Derrière leurs aspects avenants et terriblement séducteurs se cachent des chausse-trappes, actionnées par un oligarque russe, qui a décidé de transformer Genève en Monaco-sur-Léman. Cette mainmise mafieuse conduira à la mort horrible de l’ancien procureur, Pierre Ramuz, éventré par le Jet d’eau au petit matin, gore assuré.

Outre son art du suspense endiablé, ses descriptions amoureuses de différents quartiers de Genève ou sa satire au vitriol des milieux journalistiques, Dominique Ziegler, homme de théâtre excelle dans le dialogue, notamment à l’occasion des confrontations verbales entre Christian Bolinski et son rédacteur en chef, un couard avéré. Tout cela avec un zeste d’humour que l’on rencontre dans l’inénarrable personnage de Michel Crespin, camarade de notre héros en troisième du collège, à l’accent genevois proéminent. Pour son deuxième roman, après Les aventures de Pounif Lopez, Dominique Ziegler frappe juste et fort, en respectant haut la main les canons du genre endossé.

 

Dominique Ziegler. Du sang sur la treille, Edition Pierre Philippe, 2018, 202 p.