Jaques Berger a toujours balancé entre abstraction et figuration

Expo • Le Musée de Pully met en valeur le parcours artistique d’un créateur qui s’est sans cesse renouvelé.

Jaques berger, Fraîcheur, 1936, huile sur toile, Musée d’art de pully (© Photo Créatim, Renens)

Le peintre vaudois Jaques Berger (1902-1977) est un peu injustement oublié aujourd’hui. Il mérite d’être redécouvert. L’exposition du Musée d’art de Pully y invite. Elle suit le cheminement d’un artiste qui s’est constamment réinventé.

Jaques Berger naît à Villeneuve en 1902. Après des études secondaires classiques, il entre à l’Ecole des beaux-arts de Lausanne, qu’il quitte en 1926. Il la juge trop traditionaliste et prend pour maître Georges Aubert, un moderniste. Dans une première phase, à nos yeux particulièrement intéressante, il est proche du purisme, du futurisme et du cubisme. Il a le goût des formes géométriques, tempéré par des formes rondes ou «molles» à la Salvador Dali. Ses tableaux relèvent rarement de l’abstraction pure: les objets y sont clairement reconnaissables. Ses compositions sont particulièrement harmonieuses. Hélas, cette démarche est totalement incomprise du public vaudois, très conservateur, qui la tourne en ridicule: «Les gens riaient, trouvaient que c’était idiot», dira-t-il en 1976 dans une interview.

Compositions aux teintes claires

C’est l’une des raisons qui décident Jaques Berger de changer complètement de genre. Il abandonne l’abstraction et se met à la peinture figurative. Il prend pour modèle René Auberjonois et réalise des toiles aux teintes sourdes. Même ses thèmes – par exemple le cirque et les saltimbanques – se rapprochent de ceux de son nouveau maître. Il ne faut cependant pas voir dans ce virage artistique une décision purement commerciale. Berger ne cessera, tout au long de son activité créatrice, de se renouveler.

Au début des années 1950, nouveau virage. Commence alors sa deuxième période abstraite, mais moins formaliste, plus légère, plus enjouée. Il peint des compositions aux teintes claires qui respirent le bonheur. Il devient en 1953 professeur (très respecté) à l’Ecole des beaux-arts de Lausanne, connaît la notoriété et reçoit des commandes officielles: par exemple le décor du plafond du collège secondaire de l’Elysée, établissement scolaire à l’architecture elle-même d’avant-garde. Il est également actif dans plusieurs commissions artistiques.

En 1969, il se lance dans une nouvelle aventure: la lithographie. L’exposition présente à la fois les pierres et leur impression sur papier. Il abandonne rapidement la couleur pour se consacrer au noir-blanc, de façon très épurée. Ses personnages vaguement figuratifs prennent de plus en plus l’aspect d’idéogrammes. On peut voir aussi à Pully quelques travaux à la mine de plomb sur papier, des nus d’une extrême sobriété. Nouvelle recherche: les figures émergeant de fonds grisâtres, où il s’inspire des dessins automatiques, sans contrôle de l’intellect, chers aux surréalistes.

Tel est donc le parcours original d’un artiste jamais satisfait de lui-même, qui a osé expérimenter et qui a toujours oscillé entre abstraction et figuration.

 

«Jaques Berger. Le geste nu», Musée d’art de Pully, jusqu’au 17 mars 2019.