Le revenu de citoyenneté pour fliquer les chômeurs

Italie • Les Italiens aux ressources modestes pourront prétendre à une allocation. Cette dernière vise avant tout à moraliser les milieux populaires.(Par Gaël De Santis, paru dans L’Humanité)

A compter de mercredi 6 février, les Italiens aux conditions de vie modestes pourront prétendre à un «revenu de citoyenneté». Le vice-président du Conseil, Luigi Di Maio a inauguré, lundi, le site Internet sur lequel les futurs allocataires pourront faire valoir leurs droits. Il s’agit de la première avancée sociale du chef politique du Mouvement 5 étoiles (M5S), depuis qu’il est arrivé au pouvoir en juin 2018. En réalité, ce revenu de citoyenneté, censé être universel, a été réduit comme une peau de chagrin, à mesure qu’il passait sous les fourches caudines du parti d’extrême droite la Ligue, avec lequel il est allié. Avant les élections, le Mouvement 5 étoiles avait promis ce revenu à 9 millions d’Italiens.

Après la constitution de la coalition M5S-Ligue en juin 2018, le gouvernement a reculé en annonçant le chiffre de 5 millions de bénéficiaires. Désormais, ils ne seront plus que 2,4 à 2,7 millions de personnes à pouvoir entamer les démarches. Pourtant, dans ce pays où le nombre de pauvres a grimpé à 9 millions depuis la crise de 2008, les allocations-chômage sont quasiment inexistantes. Cette allocation, qui doit permettre aux bénéficiaires – travailleurs ou non - de compléter leur revenu jusqu’à 780 euros, est soumise à de fortes conditions. Elle est avant tout un instrument de flicage des chômeurs, à la manière des lois Hartz IV qui ont installé la flexicurité en Allemagne lorsque Gerhard Schröder en était chancelier. Les futurs allocataires devront avoir un revenu familial inférieur à 6’000 euros par an, un patrimoine immobilier hors habitation principale qui n’excède pas les 30’000 euros et des économies plafonnées à 10’000 euros. En outre, les bénéficiaires ne doivent pas avoir acheté de voiture dans les six mois précédant la demande.

Travailler jusqu’à 250 kms de son domicile

Dans cette optique de contrôle, ils paieront leurs dépenses avec une carte bancaire délivrée par les autorités. Ils ne pourront retirer en liquide qu’une centaine d’euros par mois. Mais, attention, cet argent ne devra en aucun cas être utilisé pour les jeux de hasard.

Enfin, durant les douze premiers mois, les allocataires au chômage seront contraints d’accepter les offres d’emploi, en lien avec leur curriculum vitae, jusqu’à 100 kilomètres de distance puis 250 kilomètres, et, au-delà de dix-huit mois, à se déplacer sur tout le territoire national!

Si ce revenu de citoyenneté va soulager certains foyers, il ne répond pas au problème de fond. Au sud du pays, la moitié des salariés gagnent moins de 780 euros mensuels