Une lettre de mon dentiste

Genève • Il y avait une lettre dans ma boîte, hier matin. Tiens, mon dentiste m’écrit, me dis-je, va falloir prendre rendez-vous pour un détartrage. (Par Paolo Gilardi)

Il y avait une lettre dans ma boîte, hier matin. Tiens, mon dentiste m’écrit, me dis-je, va falloir prendre rendez-vous pour un détartrage…

En fait, non, ce n’est pas mon dentiste qui m’écrit, ce sont tous les dentistes de Genève qui m’écrivent, le mien ne fait que transmettre.

Et ce n’est pas pour mon tartre. C’est pour me dire, à titre d’information, tout le mal que les dentistes de Genève pensent de la loi soumise au vote le 10 février pour la prise en charge des frais dentaires.

Si elle passe, écrivent-ils, une ponction sur les salaires de 1%, pour moitié versée par les employeurs, sera opérée. Il s’agirait donc de quelque 840 francs par an qui seraient saisis sur un salaire de 7000 francs dont la moitié à charge des employeurs, ce que la lettre des dentistes se garde bien de relever. Ne resteraient plus pour les salarié.e.s que 420 francs par an à payer pour la prise en charge des soins dentaires de base. 420 francs? C’est moins que le coût d’un plombage et de deux consultations chez le dentiste…

Mais si l’initiative était rejetée, ces 420 francs, personne ne vous obligerait à les dépenser pour les soins dentaires; au fond chacun est libre d’avoir des caries, non?

On nous dit ensuite que «les soins sophistiqués ou spécialisés, implants, traitements orthodontiques et les soins cosmétiques ne seraient pas pris en charge». Sauf qu’aujourd’hui non plus, ils ne sont pas assurés. Il faut payer de sa poche, en plus des traitements de base qui sont aussi à notre charge…

Avec la même logique, on pourrait même supprimer l’assurance maladie de base puisqu’elle ne permet pas la prise en charge les soins cosmétiques ou l’hospitalisation en division privée par exemple…

Faisant preuve d’une fibre sociale inattendue, ces chers -à chacun d’interpréter l’adjectif à sa guise- dentistes craignent que cela crée une médecine à deux vitesses, celle accessible à toutes et tous et l’autre, à la portée des seuls nantis.

Certes, mais sans remboursement des soins dentaires, l’écart entre les deux vitesses serait encore plus profond. D’ailleurs, on le connaît déjà, cet écart: c’est celui qui existe entre qui peut s’offrir des soins cosmétiques en plus des soins de base et les autres, celles et ceux qui ne peuvent parfois même pas se permettre d’aller se faire soigner une carie…

Loin de donner l’impression d’influencer mon vote, la missive rappelle que les dentistes «préconisent des mesures ciblées à un coût raisonnable» mais se garde bien de dire lesquelles… Et c’est ainsi que le courrier de la Société Suisse d’odonto-stomatologie m’invite «à voter NON à une assurance dentaire obligatoire». Une assurance qui pourrait notamment impliquer un contrôle public des tarifs pratiqués par les arracheurs de dents. Et en faveur de laquelle j’ai coché la case OUI sur mon bulletin de vote.