Washington relance la course à l’armement nucléaire

Monde • En fin de semaine dernière, les États-Unis ont mis à exécution leur menace de se retirer d’un traité de désarmement avec l’ex-URSS, accusant Moscou de violer ce texte. (Par Pierre Barbancey, paru dans L'Humanité)

Les Etats-Unis viennent de mettre à exécution leur menace de se retirer du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI), signé en 1987, faisant craindre le pire quant à l’aggravation de la course aux armements nucléaires. Washington accuse la Russie, depuis plusieurs mois, de violation du traité qui abolit les missiles terrestres d’une portée de 500 à 5’500 km.

Les nombreuses discussions entre les deux puissances adversaires, ces deux derniers mois, n’ont permis aucun progrès.

Le retrait sera effectif «dans six mois, à moins que la Russie respecte ses obligations en détruisant tous ses missiles, lanceurs et équipements qui violent le texte», affirme Donald Trump.

De son côté, la Russie a mis en garde les États-Unis contre un retrait «extrêmement irresponsable». L’Otan appuie «pleinement» la «démarche» américaine. La plupart des pays de l’UE font corps avec Washington. Ainsi, le Quai d’Orsay, rejetant toutes les fautes sur la Russie, explique que «la France regrette d’arriver à une situation dans laquelle les États-Unis ont dû notifier leur retrait du traité FNI».

Résultat: la Russie a promis de développer de nouveaux types de missiles et de suspendre à son tour sa participation au traité bilatéral.

Depuis 1987, bien des choses ont changé. La surenchère a repris depuis des années. Vladimir Poutine a récemment promis de développer de nouveaux missiles balistiques de portée intermédiaire en cas de retrait américain. Mais les Russes font également remarquer que les drones armés développés par les États-Unis sont similaires à des missiles de moyenne portée sans violer le traité puisqu’ils n’existaient pas au moment de la signature!

Modifier les missiles non nucléaires Tomahawk

La Maison-Blanche cherche en réalité une renégociation du traité qui, cette fois, impliquerait la Chine (en 1987, celle-ci ne pesait pas le même poids militaire) afin de déployer de nouvelles armes et empêcher Pékin de renforcer sa position déjà dominante dans le Pacifique Ouest. Washington veut, in fine, endiguer les prétentions chinoises. Comme le souligne le New York Times, les États-Unis se préparent dès lors à modifier les missiles Tomahawk, jusque-là non nucléaires, et comptent les installer dans le Pacifique, sur la base militaire de l’île de Guam, le territoire américain le plus éloigné du continent, où les 160’000 habitants, bien que citoyens américains, ont des droits limités: ils ne peuvent pas participer aux élections.